• Cyndel Stuyvers

Conjoint d’expat’ : Et si c’était l’homme qui suivait la femme ?


Photo par @jcomp - fr.freepik.com


On compte aujourd’hui entre 2 et 2,5 millions de français en expatriation à travers le monde. L’une des principales raisons de ce départ ? Suivre la progression de carrière d’un des conjoints.


En effet, pour la grande majorité des expatriés français (4 sur 5 pour être exacte (1)), c’est en famille que l’on décide de vivre cette aventure. Ceci étant dit, dans 90% des cas d’expatriation, c’est bel et bien la carrière de l’homme qui est à l’origine de la mobilité. Et c’est donc là, que l’on voit apparaître de vieux clichés. Dans lesquels la femme renonce à sa carrière pour suivre son époux et se consacrer à sa famille.


Mais alors, puisque les femmes n’hésitent pas à suivre leur conjoint et à se réinventer en expatriation, qu’en est-il des hommes ? Pourquoi la configuration où l’homme suit la femme est-elle si peu commune ? Et comment appréhendent-ils un tel projet ? Entre retours d’expériences et données factuelles, j’ai tenté de décrypter pour vous cette tendance.


(1) Tous les chiffres cités dans cet article sont issus d’une étude menée en 2019 par Humanis, la Caisse des Français de l'Etranger (CFE) et Expat Communication. Elle recense les témoignages de près de 7 600 personnes expatriées à travers 154 pays.


Pourquoi est-ce le plus souvent la femme qui suit son mari expatrié ?


C’est majoritairement l’homme que l’on envoie à l’étranger


Bien que les mentalités et les situations évoluent, les vieux schémas ont la vie dure quand on parle d’expatriation. Et force est de constater que 9 fois sur 10, c’est bien la femme qui suit son mari expatrié.


Pourquoi ? On ne va pas se mentir, nous vivons toujours dans une société à dominante patriarcale. En termes de carrière, il n’est donc pas étonnant que ce soit généralement aux hommes que l’on propose de partir pour des raisons professionnelles. Alors que les femmes, elles, ne représentent que 14% des professionnels envoyés à l’étranger. Et parmi lesquelles, deux tiers sont célibataires. Pas facile donc, d’embarquer son conjoint dans l’aventure, quand on n'en a pas !


Aussi, le portrait type du collaborateur envoyé à l’étranger par son entreprise est sans appel : un homme, de 43 ans, marié et avec deux enfants. Partant de ce constat, la femme a donc plus souvent le rôle de conjoint accompagnateur. Et la dimension de la famille prend également toute son importance.


La famille prend le pas sur la carrière


Exception faite d’un jeune couple sans enfant qui souhaite partir à l’aventure, l’obtention d’une offre d’emploi par l’un ou l’autre des conjoints, est souvent la condition sine qua non d’un départ à l’étranger. Le but étant avant tout de pouvoir subsister aux besoins du foyer.


Se voir proposer un poste à l’étranger par son entreprise se révèle ainsi particulièrement confortable. D’autant plus que les employeurs proposent souvent des aides pour favoriser la mobilité de toute la famille : participation aux frais de relocalisation ou de scolarisation des enfants, assurance maladie et rapatriement, cours de langue, allers/retours annuels en France pour toute la famille, etc. L’inclusion du conjoint dans le projet étant également un vecteur de réussite de ce dernier.


Ainsi, lorsque l’on s’expatrie en famille, c’est bien souvent au père de famille que l’on propose cette offre à l’étranger. Et outre la carrière professionnelle, la vie de famille représente une véritable priorité en expatriation.


Alors, bien que s’expatrier en famille et suivre son conjoint ne signifie pas systématiquement de devoir sacrifier sa carrière, on remarque que le poids de la famille est plus important que celui de la recherche d’emploi une fois sur place. Il est donc plus fréquent de voir une femme suivre son mari expatrié, CQFD !


Être mari d’expat' : une situation peu commune, mais pas impossible


Des motivations différentes


Avant le départ, pour près de trois quarts des couples, les deux partenaires ont chacun un emploi à temps complet. Il n’est donc pas évident, quand on suit l’autre, de repenser sa carrière. Ainsi, quand c’est l’homme qui décide d’accompagner sa femme expatriée, le schéma que l’on a pu voir juste avant est légèrement différent. En particulier car ces derniers se refusent souvent à être homme au foyer.


Le fait de trouver un emploi à temps plein une fois sur place est alors une véritable priorité. Et c’est cette motivation initiale qui fait qu’ils se consacrent davantage à leurs recherches. Là où les femmes ont moins de mal à prendre ce changement comme une opportunité de se réinventer.


L’incertitude face au marché de l’emploi


Paradoxalement, c’est aussi cette motivation que l’on pourrait qualifier de « patriarcale », qui fait que les hommes ont tendance à suivre moins souvent. Leur situation sur place étant incertaine, ils ont peur de ne pas y trouver rapidement du travail.


Là encore, ce sont les vieux schémas traditionnels qui ont la vie dure : l’homme ayant une carrière bien établie, il ne veut en aucun cas se retrouver dans une position où il ne saurait subvenir aux besoins de son foyer, et laisser de ce fait cette tâche à sa femme.


Mais que ces messieurs se rassurent, le fait de ne pas trouver du travail tout de suite n’est pas une fatalité. Et profiter de son expatriation pour se réinventer, se former, voire même lancer son activité, n’est définitivement pas réservé aux femmes. Sur ce point, les mentalités évoluent, et heureusement ! Il devient ainsi plus facile de partir, même en étant le conjoint « suiveur », dans un état d’esprit non sacrificiel. Davantage ouvert à l’aventure, à l’expérience et à la réinvention de soi.


Ils l’ont fait : témoignage d’un mari expatrié qui a rejoint sa femme

Photo par Anthony - @frenchffry sur Instagram


C’est d’ailleurs ce qu’explique avec beaucoup de justesse Anthony dans l’épisode 35 de la saison 1 du podcast. Même si le cas de figure n'est pas exactement le même car sa fiancée est américaine, Anthony n'a pas hésité à redéfinir sa carrière pour rejoindre sa femme dans son pays. Ancien ingénieur au passé d’expatrié célibataire, il illustre ainsi parfaitement le fait pour un homme, de savoir se réinventer dans un pays étranger :

« En arrivant avec un visa fiancé, je ne pouvais pas travailler tant que je n’avais pas de Green Card. [...] Pendant 6 mois, j’étais assigné à résidence et ça a été un peu dur pour moi. Le fait d’être coincé, et puis de dépendre un peu de ma femme. Ça faisait vraiment bizarre, c’était pas du tout mon truc ! »

Une situation délicate donc, dans laquelle Anthony se sentait un peu isolé. Mais dont il a su prendre le contre-pied pour se réinventer, personnellement et professionnellement :

« Je me suis préparé à faire un Iron Man, donc je faisais du vélo et je courais tous les jours. Autant faire quelque chose de mes journées ! [...] Puis j’ai appris un peu à connaître les États-Unis, sa famille, ses amis, la ville. Et puis aussi, c’est à ce moment-là que j’ai pu changer un peu d’orientation professionnelle. »

Déjà pilote amateur en France, il profite donc de ce temps où il ne peut pas travailler pour se réinventer complètement et passer ses licences de pilote professionnel. À la suite de quoi il est embauché - seulement deux jours après avoir reçu sa Green Card - dans une école de pilotage en Californie :

« Au final, être payé à faire de l’avion, je ne pensais même pas que c’était possible, je ne l’avais même pas imaginé en France. »

Une belle histoire de reconversion professionnelle qui n’aurait peut-être pas été possible si Anthony n’avait pas fait le choix de s’expatrier aux États-Unis pour rejoindre sa femme.


S’assumer en tant qu’expatriée et embarquer son conjoint dans l’aventure


Si l’on en croit les statistiques, la part des femmes qui suivent leurs conjoints à l’étranger a diminué ces deux dernières années, au profit de celle des hommes qui augmente. Cette baisse ne reste cependant que peu significative (90% en 2019 contre 92% en 2017). Mais oserait-on y voir une évolution des schémas en expatriation ?


J’aime à croire que c’est le cas, en effet. N’y voyons toutefois pas de proclamations féministes. Simplement le fait que la mobilité portée par un couple dans son ensemble, est un sujet de plus en plus actuel. Il ne s’agit donc plus seulement de coller au bon vieux schéma homme expatrié / femme accompagnatrice, mais bel et bien de définir son expatriation comme un projet commun.


« Chéri(e), on s’expatrie ? »


En référence au livre publié par Alix Carnot du même nom, quand on parle d’expatriation, le sujet ne devrait-il pas être abordé directement au sein du couple ? Au final, que la mobilité soit portée par l’homme ou par la femme, les problématiques sont les mêmes. Au départ comme à l’arrivée.


Je me suis ainsi beaucoup intéressée dans cet article à la phase amont au départ. Lorsque l’expatriation devient un sujet au sein d’un couple. Et aux raisons qui font que l’un ou l’autre des conjoints se retrouve dans une position de suiveur. Il y a donc énormément de choses à dire en ce qui concerne l’arrivée sur place. Et notamment, la possibilité ou non pour le conjoint de travailler. Tout comme les barrières psychologiques et émotionnelles qui pourraient freiner le fait de « suivre son/sa conjoint(e) » justement. Mais cela sera l’objet d’un prochain article.


Si l’on en revient au sujet initial, on constate que lorsque la mobilité est initiée par la femme, il y a aussi un sentiment de culpabilité qui entre en jeu chez cette dernière.


Faire tomber les idées reçues, et déculpabiliser


J’en reviens alors à l’idée de raisonner davantage en termes de projet de couple qu’au niveau individuel. Il ne s’agirait donc plus pour le conjoint accompagnateur de faire l’impasse sur sa carrière. Mais plutôt de suivre celui ou celle qui aura trouvé un poste intéressant à l’étranger.


Et si le conjoint suiveur ne peut pas travailler sur place, l’idée serait alors de pouvoir également valoriser l’expérience acquise dès son retour. Une expérience plus humaine que professionnelle certes. Mais ponctuée d’événements et d’actions qui auront toute leur importance : apprentissage d’une nouvelle langue, immersion dans une nouvelle culture, bénévolat, constitution d’un réseau à l’étranger, etc.


Aussi, si l’on se repositionne un instant dans le cas où c’est l’homme qui suit la femme, penser le projet comme un projet de couple présente un double avantage :


Enfin, l’avantage principal au fait de réfléchir en tant que couple à une expatriation, même si seul l’un des deux dispose d’une offre d’emploi à l’étranger, est que cela permet tout simplement de ne pas « souffrir » du statut de conjoint d’expatrié(e). La situation n’est alors pas subie par l’un ou l’autre, qui n’a ainsi pas l’impression de sacrifier sa carrière ou ses acquis pour suivre l’être aimé.


Dans cette optique, je ne peux que vous conseiller de lire le livre d’Alix Carnot que j’ai mentionné plus haut : « Chéri(e), on s’expatrie ? ». Cet ouvrage s’intéresse à tous les schémas de couple expatriés, et offre de précieux conseils et exercices pour appréhender au mieux un projet d’expatriation à deux. Et puis rappelons-le, que ce soit l’homme ou la femme qui initie la mobilité, une expatriation réussie l’est plus facilement si elle est choisie et réfléchie.

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