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Devenir parent à l'étranger


Crédit photo : Kristina Paukshtite sur Pexels


A l’approche de la trentaine et de la fameuse « horloge biologique » (même si Monsieur la ressent bien plus que moi…), je me pose certaines questions. Et notamment sur la maternité : comment cela se passe-t-il dans le monde ? Ayant vécu quatre ans au Québec, j’ai eu le temps d’apprendre qu’un congé maternité au Canada dure 1 an au lieu de 3 mois en France. Y a-t-il d’autres modèles, autant pour la mère que pour le reste de la famille pour préparer cette nouvelle aventure humaine ? Nous allons donc tenter dans cet article de lever le voile sur la gestion de la maternité et de la parentalité dans certains pays autour du globe.

1 - Avant la naissance : préparations physique, mentale, médicale et traditionnelle

Pendant la grossesse, il y a mille et une façons de se préparer à cet heureux événement, et je dirais même plus à ce grand chamboulement qu’est l’arrivée d’un petit être humain.

Les moeurs évoluent, y compris en France, et il est possible un peu partout dans le monde de faire appel à une sage-femme, une doula, un physiothérapeuthe, un professeur de yoga, un psychologue spécialisé dans la grossesse ou même des cours pré-nataux … Cependant, pour en avoir parlé avec des amis ayant déjà eu des enfants, beaucoup de choses sont encore considérées “normales” dans l’Hexagone. On pense notamment aux accouchements par voie basse à l’hôpital ou la péridurale. Tandis que d’autres pratiques sont considérées comme “extravagantes” comme accoucher dans son salon sans péridurale. Sans parler des préjugés sur l’allaitement, la position de sommeil du bébé et bien d’autres qui viennent après … J’ai vu nombre de posts sur Instagram où les futures ou jeunes mamans devaient se justifier de leurs choix ou bien se justifier de ne pas en parler sous peine de recevoir des commentaires déplacés et des avis non recherchés.

Les plans ou projets de naissance, « birth plan » en anglais, sont quant à eux très réputés dans les pays anglo-saxons et nordiques. Ils commencent timidement à faire leur apparition en France. Il s’agit de décrire très précisément comment on aimerait se préparer à l’accouchement et comment on souhaiterait que ce jour si unique et merveilleux se déroule. Le plan comprend nos envies et nos besoins, de A à Z, en précisant qui on souhaite avoir à nos côtés et quelles actions on autorise les personnes du corps médical à prendre.


Ils sont peut-être moins en vogue en France, car on stresse souvent les futurs parents pour s’inscrire le plus vite possible dans une maternité pour le jour J. Beaucoup de maisons ou cliniques permettant un accouchement différent, notamment à Paris, ne sont ouvertes qu’aux femmes accouchant de leur deuxième enfant (ou troisième, quatrième, … bref pas du premier !).


Par exemple, aux Pays-Bas, Noémie du blog Noémie Memories, avait écrit son plan de naissance avec son mari. Ils avaient ensemble manifesté le désir d’accoucher dans leur salon, avec l’aide d’une sage-femme. Cette dernière avait pour indication de ne vérifier que très peu l’ouverture du col de l’utérus et de ne pas leur communiquer les centimètres.


Crédit photo : Jonathan Borba pour Pexels


2. Lors du suivi de grossesse :


D’autre part, pour ce qui est du suivi de grossesse, on peut noter quelques différences suivant les pays.


Aurélie, notre invitée de l’épisode 40 de la saison 1, nous explique sur son blog Plume d’Auré qu’en Suède, comme aux Pays-Bas, on est principalement suivi par un cabinet de sage-femmes. Tiphaine du blog A Frenchy Smile qui nous parlait il y a quelque temps de nomadisme digitalt, nous partage son expérience et nous apprend que le suivi de grossesse en Californie se fait par un gynécologue à l’hôpital. Enfin au Québec (Canada), d’après le blog Immigrant Québec, le suivi incombe généralement au médecin généraliste ou à un obstétricien-gynécologue, du fait de la rareté des sages-femmes dans la Belle Province. Pour les Etats-Unis et le Canada, les choses peuvent varier d’un état/ d’une province à l’autre, on ne fera donc pas de généralité ici, sauf si loi fédérale.


Pour les échographies, on les minimise dans les pays nordiques ou anglo-saxons (4 échographies aux Pays-Bas et en Suède, 3 en Californie), tandis qu’on les maximise en Espagne (1 échographie par mois). Pour les prises de sang, les pays d’Europe du Nord jouent encore la carte du minimum vital. La prise de sang pour confirmer la grossesse ni celle pour détecter la trisomie 21 ne sont obligatoires. Concernant la prise de sang pour les anomalies génétiques, si la mère a moins de 38 ans, elle sera même payante. De ce côté, la Californie semble plus en phase avec la France et sa batterie de tests dès le début des 9 mois.


Noémie a apprécié en général la place importante de la discussion et du bien-être de tous les protagonistes de cette aventure (la maman, le bébé et le conjoint). Elle précise aussi qu’aux Pays-Bas, il existe une prédominance de la palpation du ventre sur les examens internes (elle n’en a d’ailleurs eu aucun). D’autre part, Noémie a testé l’hypnobirthing (HypnoNaissance en français). Quézaco ? Marie Mongan a créé cette méthode en 1989 en partant de l’idée que sans peur ni tension, l’accouchement peut être sans souffrance. Concrètement, ce sont des méthodes de relaxation qu’il est conseillé de pratiquer quotidiennement dès le début de la grossesse.


Outre les suivis médicaux et les préparations mentales et physiques, avant l’heureux événement se mettent en place des traditions comme la fameuse “baby shower”. Cette coutume venue d’Amérique du Nord est l’occasion de faire une garden-party à base de Champomy pour célébrer l’arrivée du bébé et offrir des cadeaux au futur nouveau-né ou bien aux parents. Ces derniers établissent une liste de naissance qui peut être respectée ou non. Certains en profitent également pour révéler le sexe du bébé, quoique de plus en plus organisent un événement séparé, le “gender reveal”. Enfin la dernière tendance nord-américaine qui se développe en Europe, est la réalisation d’une “baby moon” : un voyage en couple avant l’arrivée de bébé pour profiter une dernière fois de moments à deux.


En Thaïlande, traditionnellement, la future maman consulte un astrologue ou un moine bouddhiste pour vérifier si la date du terme est sous de bons auspices par rapport au calendrier lunaire ! Suite à cela, elle décide de la date idéale pour accoucher, quitte à prévoir une césarienne avec son médecin.


3 – L’accouchement et les jours qui suivent : retour à la maison et traditions post-partum

À l’hôpital, à la clinique spéciale, à la maison : partout dans le monde, on peut plus ou moins choisir le lieu où l’on souhaite donner naissance à son enfant. Cependant on ne bénéficiera pas des mêmes conditions en fonction de sa situation socio-économique.


En effet, en France, accoucher à l’hôpital reste la norme et tout est pris en charge par la sécurité sociale. Tandis qu’aux Etats-Unis, si accoucher à l’hôpital dans un environnement médical reste courant, il faut prévoir de débourser environ 500 $, même avec une bonne assurance. Au Cameroun, en revanche, seuls les gens aisés peuvent accéder à une clinique privée offrant de bonnes conditions ou verser un pot-de-vin au médecin. Enfin aux Pays-Bas, en Allemagne ou encore en Suède, l’accouchement à la maison est plébiscité.


Cela implique par la suite une différence de temps passé à l’hôpital pour la mère, une organisation différente à la maison les jours suivant la naissance, et des traditions variées autant pour la mère que pour le bébé. Ainsi, en France, la mère et son enfant restent 3 à 5 jours à la maternité pour s’assurer que tout se passe bien pour chacun. En Bosnie, se sont 5 à 10 jours, tandis qu’aux États-Unis, on sort en 48 h et aux Pays-Bas on peut être de retour à la maison 4h après (si on a fait le choix d’accoucher à l’hôpital).


Pour sa part, le système néerlandais est bien fait : une “kraamzorg” (qui peut se traduire littéralement par “aide-maman”) vient chez la nouvelle mère 6h par jour pendant une semaine pour l’aider dans l’apprentissage de son nouveau rôle. Elle l’aidera notamment avec l’allaitement, les premiers bains, etc … mais aussi avec les tâches ménagères pour lui permettre de se reposer. En revanche, pour rendre visite aux nouveaux parents, il est coutume de prendre rendez-vous et de garder les grands-parents à distance. A contrario, en France et plus encore au Cameroun, le soutien de la famille est très important. L’aide viendra principalement des proches. La grand-mère de la nouvelle maman camerounaise viendra même habiter chez cette dernière pour l’aider dans son quotidien.


Pour ce qui est des traditions post-partum, les Thaïlandaises font un “yu fai”, une pratique pour retrouver la chaleur et faire circuler les énergies. Elle consiste à s’allonger au-dessus d’un feu et à appliquer des compresses chaudes à base d’herbe sur le ventre. Les Néerlandaises, elles, font prendre des bains à 37 degrés aux bébés pour reproduire la sensation de vie dans le ventre de la mère. Les Camerounaises donnent aux bébés des bains d’herbes médicinales, parfois agrémentés d’un os de gorille, avec lequel elles peuvent masser l’enfant par la suite. Enfin, en Bosnie, le nouveau père offre des cadeaux à la sage-femme et l’entourage des jeunes parents laisse des billets sous l’oreiller du nourrisson pour lui apporter la prospérité.


Crédit photo : Burst


4 – Après la naissance : quid des congés maternité, paternité, parentaux ?

En France, on se plaint souvent de la durée du congé maternité (de seulement 16 semaines) puisqu’un nouveau-né ne comprendrait qu’au bout de 6 à 8 mois qu’il est une personne indépendante de sa mère. Et l’on se plaint encore plus du congé paternité qui n’était jusqu’au 30 juin 2021 que de 11 jours (il est maintenant de 25 jours). En effet, non seulement pour le développement de l’enfant, pour une saine relation de couple et une implication des deux parents dans l’éducation de leur bébé mais aussi pour l’égalité homme-femme dans le monde professionnel, on aurait tout à gagner à accorder davantage d’importance au congé parental et à une répartition équitable de ce dernier.


Si la France n’est pas le champion du congé maternité/paternité, qu’en est-il ailleurs ? L’herbe y est-elle vraiment plus verte ?


Dans plusieurs pays européens comme les Pays-Bas, l’Autriche ou encore l’Espagne, la maman a, comme en France, droit à 16 semaines de congés avec maintien du salaire. Au Canada, comme mentionné plus haut, ce congé peut durer jusqu’à 1 an ! Fantastique ! Oui, mais …. 1 an à 55% du salaire en moyenne. Chaque province va ensuite faire un effort supplémentaire (ou non, cela reste à vérifier).


Quant au congé paternité, aux Pays-Bas, depuis le 1er juillet 2020 (un an avant les français), il est de 5 semaines et rémunéré à 70% du salaire … ce qui n’est pas la meilleure incitation à prendre les cinq semaines complètes.


Le Canada complexifie la chose lorsqu’on aborde le sujet du congé parental. Dans la loi, la mère n’a pas 1 an à elle-seule, même si c’est ce que les couples mettent en place la plupart du temps. Le congé maternité est en réalité de 17 semaines, puis s'ensuit le congé parental de 69 semaines à répartir entre les deux parents comme ils le souhaitent (et simultanés ou non). Les couples font donc généralement moitié-moitié, ce qui permet ainsi à la mère d’avoir 51 à 52 semaines de congé (soit près d’un an) et au conjoint 34 à 35 semaines (entre 8 et 9 mois). Je vous invite à étudier les petits schémas que l’on retrouve sur le site du gouvernement canadien pour y voir plus clair.


Du côté de la Suède, la mère et le conjoint peuvent se partager 480 jours (environ 16 mois) de congé parental, et ce, jusqu’aux huit ans de l’enfant !


Outre la Suède, certains pays sont des grands champions du congé maternité : on nommera la Serbie, la Croatie et le Danemark qui proposent 1 an de congé rémunéré à hauteur de 100%. En 2013, la Chine quant à elle prévoyait 98 jours (soit près de 20 semaines soit environ 5 mois) de congé maternité, avec un maintien du salaire à 100%. Et depuis 2011, le Chili a rallongé le congé maternité de 3 à 6 mois. Ce dernier a toutefois encore un peu de chemin à faire au sujet du congé paternité/parental qui dure 5 jours, ou bien jusqu’à 6 semaines au détriment du congé maternité. Et d’autres sont de grands perdants : les Etats-Unis ne prévoient pas, au niveau fédéral, de congé maternité du tout ! Cela semble tout simplement démentiel dans un pays développé. Chaque État a cependant ses propres lois à ce sujet. Sans surprise, les Etats les plus riches de chaque côté sont les seuls à prévoir quoi que ce soit. Puis il sera du ressort des sociétés d’offrir à leurs salariées un quelconque congé, en fonction de leurs assurances et si elles le souhaitent. L’Université McGill à Montréal a réalisé une étude et un recensement montrant que les seuls autres pays ne proposant pas de congé maternité à travers le monde sont le Swaziland, le Liberia et la Papouasie Nouvelle-Guinée.



Il y aurait tant à dire encore sur la maternité et la parentalité à travers le monde : les infrastructures mises en place à disposition des jeunes parents, comme les crèches ou les crèches à domicile, les endroits et activités parents-bébé (cafés adaptés, cours de yoga parent-enfant, course à pied-poussette, …), les croyances sur l’éducation, la diversification alimentaire, l’âge d’entrée à l’école, comment gérer sans soutien des proches si on vit à l’étranger … Peut-être aborderons-nous ces sujets dans de prochains articles.


Surtout, on aimerait entendre votre histoire. Comment avez-vous vécu la maternité dans votre pays d’adoption ? Envisagez-vous de devenir parent à l’étranger et si oui, quelles sont vos appréhensions ? Racontez-nous comment ça se passe chez vous !


Épisodes de French Expat qui abordent la parentalité à (ré)écouter :


Lectures & podcast conseillés pour les futurs parents :


Sources pour les différents congés à travers le monde :


Margaux Sanfourche

@cagettedevoyages

cagette-de-voyages.com


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