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Et si on parlait reconversion professionnelle en expatriation?

Mis à jour : avr. 30


Illustration Margaux Sanfourche


Il n’est pas rare de voir des expatriés vivre des revirements de carrière à 180°, changer de voie professionnelle du tout au tout, s’épanouir dans leur passion, leur hobby, ou même d’en faire un métier.


Et ce ne sont pas les exemples qui manquent chez French Expat Le Podcast : Alex et ses "Pèlerinages américains” (saison 2 épisode 22), Kevin et le speedway (saison 1 épisode 32), Marion qui se lance dans la restauration (saison 1 épisode 24), Elise avec NewYorkOffRoad et ses petits frères (saison 1 épisode 13), Laura et Cotton Five (saison 1 épisode 2), Johanna et la photographie (saison 1 épisode 11), … bonne (ré)écoute !


  1. Quelles sont les raisons qui poussent les expatriés à se reconvertir ?


On peut aisément comprendre certaines raisons qui poussent les expatriés à se réinventer une fois leurs valises posées sur leur nouvelle terre d’accueil.


Dans le cas où l’on ne peut pas travailler en tant que salarié dans son nouveau pays, c’est une question de survie mentale et émotionnelle. D’ailleurs, Fanny en parle très bien dans son article “Suivre son conjoint en expatriation sans autorisation de travail”. En effet, si l’on s’impose une routine et que l’on s’occupe l’esprit, l’on est moins tenté de se morfondre et de vivre une expérience négative. D’autre part, on a enfin le temps (si précieux) de faire le point sur soi-même, de tester d’autres choses et s’adonner sans limite à nos hobbies et passions, ou encore pour se rendre utile auprès de notre communauté.


Une autre des raisons pour lesquelles tant d’expatriés se reconvertissent une fois la frontière passée, est de se retrouver hors de sa zone de confort et de son cercle social habituel. On peut donc se sentir libre de toute attache et de tout jugement : notre nouvel entourage n’a ni attente ni projection sur ce que nous sommes censés faire pour gagner notre vie. Les portes s’ouvrent donc en grand sur de nouvelles opportunités. A contrario, notre famille et nos amis d’enfance nous ont vu grandir, nous ont élevés et ont projeté leurs peurs et leurs envies (souvent inconsciemment) sur nous dès notre plus jeune âge, façonnant quelque peu notre destin professionnel. Je me pose souvent cette question : aurais-je fait une école d’ingénieurs si mon grand-père ne m’en avait pas parlé et si quatre de mes cousins n’avaient pas suivi cette voie ?


Et enfin, l’instinct de survie financier et/ou l’adaptation au marché local peuvent être de bonnes raisons de changer de voie. Diplômée ingénieure en France, rien ne me destinait à être aide-serveuse et barmaid dans un pub, ni conseillère en art des premières nations du Canada, ni étudiante en gestion d’organismes culturels pour finir par travailler en philanthropie pour un musée. C’est plutôt la nécessité de m’adapter au Québec et de continuer à gagner ma vie qui m’ont poussée dans ces voies au cours de mon PVT et de mes autres permis. Or, pour être ingénieure au Québec, j’aurais dû m’inscrire à l’Ordre des Ingénieurs du Québec et commencer en tant qu’ingénieur junior sur un poste plutôt technique, ce qui ne me bottait pas tellement. Et d’ailleurs, j’avais toujours en tête de reprendre des études d’art après mes études d’ingénieur, comme quoi la reconversion professionnelle me titillait déjà avant mon départ.


Se reconvertir en expatriation est-il aussi une façon d’échapper à la recherche d’emploi dans un pays où l’on ne connaît pas très bien les codes du monde du travail ? Ou au contraire une véritable reconnexion à soi ? Dans le cas des expatriés qui se lancent à leur compte, la réponse n’est souvent pas toute noire ou toute blanche, tant il y a de paramètres à prendre en compte. Chaque expérience est différente évidemment. Ce qui est certain, c’est qu’en plongeant en zone inconnue, on doit s’adapter, on découvre d’autres cultures, et on se libère d’un tas de croyances limitantes sur ce qu’est un “vrai” métier.


2. Qui se reconvertit et dans quoi ?


Les chiffres ne sont pas très précis sur ce sujet pour diverses raisons, de la définition de ce qu’est un expatrié au recensement exact des français de l’étranger en passant par leur activité professionnelle.


On commence à trouver les informations pour la France métropolitaine depuis peu, car oui, la reconversion professionnelle ne touche pas que les expatriés et devient de moins en moins tabou en France : selon Nouvelle Vie Professionnelle et LCI, 9 français sur 10, en quête de sens et d’équilibre vie pro / vie perso, y pensent ou l’ont déjà fait ! De plus, une récente étude de l’OCDE indique que les moins de 30 ans feront environ 13 jobs au cours de leur vie active (il y a probablement une petite reconversion dans le lot !). D’autre part, la pluriactivité séduit de plus en plus de monde : d’après une étude pour le Salon des microentreprises en 2015, on comptait 1,4 millions de slasheurs* en France !


Ceci étant dit, Expat Value a réussi à faire une enquête en 2019 pour mettre en lumière la situation des conjoints d’expatriés - ceux qui, comme Fanny (saison 1 épisode 25), Anthony (saison 1 épisode 35) ou encore Laetitia (saison 2 épisode 28), suivent ou rejoignent leur douce moitié à l’autre bout du monde. On découvre alors que, parmi les conjoints chanceux bénéficiant d’un permis de travail, 39% se sont reconvertis, dont 23% de façon durable (selon leur ressenti). Et, reconvertis ou non, 30% ont le statut d’indépendant ou d’entrepreneur, 6% de créateur d’entreprise, 2% de fonctionnaire et 60% d’employé.


Un autre chiffre qui mérite d’être noté est celui du secteur de prédilection de ces conjoints d’expat’ : 20% d’entre eux se retrouvent à exercer dans le secteur de l’enseignement - sachant que plus de la moitié d’entre eux y sont à la suite d’une reconversion !


On les retrouve également dans les secteurs de la banque, finance, assurance, immobilier (8%), commerce, vente (8%), communication, média, multimédia (7%), santé (8%), etc …


Cependant, ces chiffres présentent de réelles lacunes, car l’étude n’interroge que les conjoints d’expatriés, ces derniers semblant donc être principalement envoyés à l’étranger par leurs entreprises françaises. Quid des personnes qui s’expatrient, seules, en couple ou en famille, sans aucune attache professionnelle ? Ceux qui partent en PVT par exemple ? (avant la pandémie de COVID-19, cela ayant rebattu quelques cartes concernant les conditions d’expatriation - plus d’information sur la situation actuelle des pvtistes ici).En effet, le Permis Vacances Travail se présente comme une expérience de 1 an ou 2 à l’étranger, pour travailler, voyager ou les deux ! Pour certains, c’est l’occasion de faire totalement autre chose, comme un break dans sa carrière professionnelle : devenir musher au Canada ou guide de randonnée à cheval au Chili par exemple. Pour d’autres, c’est finalement une révélation, aussi bien professionnelle que personnelle, comme pour Astrid qui est revenue au Canada avec un 2ème PVT, et a fini par se lancer en freelance et faire de son blog “FringinTO” son activité principale (saison 1 épisode 45). Sur son blog, elle vous parle de la vie à Toronto, de voyage, d’entreprenariat, de l’expatriation au Canada, … N’hésitez pas à y jeter un coup d'œil ! Toujours est-il que partir en PVT, c’est partir sans filet de sauvetage professionnel.



Illustration Margaux Sanfourche


3. Par où commencer pour se reconvertir ?


Si vous êtes sans permis de travail (ou non d’ailleurs !), je vous invite à lire et relire l’article de Fanny : il est très complet et il donne envie de déplacer des montagnes tant il vous rebooste !


D’autre part, si vous songez à vous reconvertir professionnellement, il est judicieux d’avoir un plan d’attaque et de se poser certaines questions.


En voici quelques unes pour vous aider à commencer, selon Carbone Theory :

1- Faire le bilan de sa situation actuelle professionnelle pour mettre le doigt sur ce qui ne va pas ou sur ce que vous adorez et ne voulez pas abandonner ;

2- Comprendre quelles sont les tâches du quotidien qui nourrissent vos valeurs hautes ou basses ;

3- A quoi est lié ce qui vous plaît/déplaît dans votre situation ? (équipe, environnement, …)

4- De quoi avez-vous envie de plus dans votre vie ?

5- Est-ce que votre travail actuel ou votre secteur d’activité est aligné avec vos envies ?


Une fois ces questions adressées, il est souvent important, voire nécessaire, de revenir à son enfant intérieur comme le suggère Delphine Boileau pour Le Petit Journal : quel est le métier que vous avez toujours rêvé de faire depuis que vous êtes enfant ? Qu'est-ce qui vous fait vibrer ? Sur quel(s) sujet(s) votre entourage vous fait toujours confiance ?


Je vous invite également à aller découvrir le contenu de Chloé Bloom, qui a été notre première invitée de la saison 2 (saison 2 épisode 1) : sur sa chaîne Youtube et ses différents réseaux sociaux, ou encore à travers la Bloom Academy, elle donne une myriade d’outils et de pistes de réflexion qui peuvent être grandement utiles dans le cadre d’une reconversion professionnelle.


Enfin, Sabine Cros-Scherer pour Expat Value conseille de se former, que ce soit dans le cadre d’une reconversion ou pour rester à la pointe de son métier, et nous donne des pistes pour cela : MOOC*, MBA*, artisanat, … chacun sa méthode de prédilection !



Et vous ? Vous êtes vous déjà reconvertis professionnellement ? Y songez-vous ? Ou au contraire, êtes-vous parfaitement épanoui dans votre métier ou votre rôle actuel en expatriation ? Dites-nous tout !



Margaux Sanfourche

@cagettedevoyages sur Instagram

cagette-de-voyages.com



*Vocabulaire (dans l’ordre d’apparition dans le texte) :


Slasheur : personne adepte de la multi-activité, qui met un slash (une barre oblique) entre ses différentes occupations (professionnelles).


MOOC : le “Massive Open Online Course”, ou plus communément appelé MOOC, est une formation dispensée en ligne et accessible à tous.


MBA : le “Master of Business Administration” est le diplôme international d'études supérieures du plus haut niveau dans le domaine de la conduite globale des affaires (plus d’information sur Wikipédia).



Sources :


Spot a Home, Marine Derveaux, 31.08.2018 - “La reconversion professionnelle quand on est expatrié”

Expat Audacieuse, Camille Gautry - “Expatriation et reconversion : ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain”

Le Petit Journal, Caroline Potelle, 25.02.2020 - “L’expatriation ou l’occasion d’un chemin vers soi-même ?”

LCI, 12.11.2019 - “Reconversion : les Français ne font pas qu’en rêver, ils sautent de plus en plus le pas

Nouvelle vie professionnelle, 21.03.2020 - “Les Français et la reconversion professionnelle”

Les Echos, Anne Vidali, 12.03.2021 - “Je mène une double vie… professionnelle”

Expat Value, 2019 - Quel est le job type du conjoint expatrié (chiffres enquêtes 2019) ?

pvtistes.net

Carbone Théory - Vidéo Youtube “5 questions à te poser avant de te reconvertir”

Le Petit Journal, Dedlphine Boileau, 27.09.2013 - Reconversion professionnelle : 5 questions pour trouver LE job qui a du sens pour vous

Chaîne YouTube Chloe Bloom

Expat Value, Sabine Cros-Scherer, Février 2019 - La formation pro pour se reconvertir ou rester à la pointe quand on est expat



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