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La France vue par un Canadien anglophone

Episode 1 : L'administration

Miniature business man on map of Europe - Photo de slon.pics pour freepik.com


Petit spoiler : non, ce n'est pas tout à fait comme dans "Emily in Paris" ! Impossible de l'avoir manquée, la série Netflix "Emily in Paris" a fait sensation en 2020 et a déchaîné les passions : jugée "too much" par certains, "juste ce qu'il faut" par d’autres, elle n'a laissé personne indifférent. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue, c’est l’histoire d’une américaine de Chicago qui débarque à Paris pour y travailler, sans connaître un mot de français. Elle apprend sur le tas les mœurs françaises, et je dirais même plus, parisiennes, tout en jonglant avec ses coutumes et préjugés. Les personnages, français comme américains, sont parfois clichés. Cependant, l'adage dit que derrière chaque cliché se cache une part, même faible, de vérité...

Et si on plongeait dans l'envers du décor ? Dans la vraie vie, loin des caméras de Netflix et des filtres Instagram, il y a tout un tas de petits détails qui rendent l'expérience française pour un Nord Américain un tant soit peu complexe. Alors, aujourd'hui nous vous emmenons dans les méandres de l'expatriation vue par un Canadien anglophone en France ! James, contrairement à Emily, parlait la langue de Molière avant de poser un pied sur le sol français, ayant fait l’école française en Ontario et ayant travaillé à Montréal, Québec. Il est arrivé en France mi-août 2019, motivé par un désir de changement et une envie de tester l’expatriation.

1- La partie administrative de l’expatriation

Cette partie est absolument inexistante dans la saison 1 de la série. En même temps, qui a envie de voir Emily faire la queue à la sécurité sociale ? L’arrivée à Paris aurait été bien moins glamour ! D’autre part, les États-Unis et le Canada n’ayant pas les mêmes accords avec la France, les ressortissants de chaque pays ne rencontrent pas les mêmes difficultés ni opportunités : James et Emily n'auraient donc pas vécu exactement la même chose.

1ère étape : Postuler au PVT France

Le Permis Vacances Travail (PVT), très célèbre auprès des Français pour s’envoler aux quatre coins du monde, notamment au Canada, en Australie ou encore au Japon, est un accord entre pays permettant aux jeunes (de moins de 30 ou 35 ans selon les pays) de voyager et/ou travailler pour une durée limitée (un an ou deux), et ainsi vivre une expatriation !

Qui dit accord, dit réciprocité : ainsi, il existe bel et bien un PVT France. Ce dernier est gratuit pour les ressortissants canadiens. En revanche, il faut déposer en personne son dossier. Donc si vous n’habitez ni à Montréal, ni à Ottawa, ni à Toronto, ni à Vancouver, la gratuité de votre visa est toute relative. En effet, à part le retrait des formulaires, rien ne se fait en ligne, et vous devez vous rendre par vos propres moyens au Centre VFS (centre des visas) le plus proche, à qui le Consulat délègue la gestion de l’émission des visas. En revanche, en tant que Canadien, si vous habitez à l’étranger, vous avez la possibilité de déposer votre demande dans le Consulat de votre pays de résidence.


Ceci étant, le processus est assez rapide : une fois le dossier déposé (environ trois mois avant votre date présumée de départ), vous n’aurez à attendre votre passeport avec le visa collé à l’intérieur qu’un petit mois (hors pandémie). Et pour éviter tout délai ou perte de lettre, vous pouvez venir le chercher directement au centre des visas.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le Permis Vacances Travail en général, le site www.pvtistes.net est une mine d’or. Pour les informations officielles et les textes de lois, rendez-vous sur le site de France Visa.

2ème étape : Trouver un travail

Bien que l’expérience de notre spécimen canadien ait été heureuse, il a tout de même dû faire face à la méfiance ambiante : en France, à l’inverse de nos cousins d’Amérique du Nord, on doute avant d’accorder sa confiance. Après deux ou trois entretiens et moult tests techniques, de QI et de personnalité pour un poste qui ne requiert même pas un BAC+2*, on lui fait enfin part de la bonne nouvelle : il est embauché.

Ici, comparons ce qui est comparable : le système de l’emploi. Le statut de Contrat à Durée Indéterminé (CDI), si prisé en France pour son caractère sécuritaire, n’existe pas au Canada, et les entreprises, tout comme les employés, n’ont pas la même flexibilité des deux côtés de l’Atlantique, au profit ou au déficit de la sécurité de l’emploi.

Pour faire simple, au Canada, on peut quitter son emploi ou en être remercié avec un préavis de seulement deux semaines (et encore, c’est plus courtois que légal). En France, il faut souvent compter deux ou trois mois lorsque l’on est embauché en CDI. Ainsi, il vaut mieux s’assurer d’embaucher la bonne personne pour éviter des démarches plus longues et complexes en France en cas de séparation employeur/employé.


Pour trouver un emploi en France, voici plusieurs sites internet : Apec, Indeed, Monster, ... et ne sous-estimez pas LinkedIn.

*le niveau BAC+2 correspond à deux ans d’université après le lycée.

3ème étape : Ouvrir un compte en banque

Il faut un compte en banque pour pouvoir être rémunéré et trouver un logement, mais il faut un emploi et un logement pour pouvoir ouvrir un compte. C’est le serpent qui se mord la queue (et c’est pareil partout !). Notre Canadien anglophone a eu la chance d’être :

1) Canadien (et non Américain !) ;

2) En couple avec une Française (qui a pu le sauver d’un quiproquo) ;

3) Dans une banque qui valorise ses clients (aka les beaux-parents) ;

4) En possession d’une promesse d’embauche.

En effet, encore une fois, les accords France – Canada ne sont pas les mêmes que France – USA, et j’ai ouï dire que pour les Américains, il y a plus d’obstacles pour ouvrir un compte. En vertu de la loi FATCA - accord entre la France et les USA pour lutter contre la fraude fiscale - les institutions financières françaises doivent transmettre les informations de leurs clients américains à leur pays d’origine. Ainsi, même ouvrir un compte joint pour un(e) Américain(e) et un(e) Français(e) peut être problématique, car les USA ont droit de regard sur votre compte en banque français.

C’est sans mentionner les éventuels quiproquos et incompréhensions liés au stress et à la langue. James s’est notamment vu proposer une assurance civile qu’il a failli signer, juste pour dissimuler son embarras de ne pas avoir compris la conversation. Après un regard d’incompréhension et un rappel que notre anglophone serait couvert par une assurance avec son emploi, nous avons pu éviter toute signature inutile.

Enfin, lorsque l’on ouvre un compte, on vérifie votre adresse : sauf que lorsque l’on vient d’arriver, l’on n’a pas forcément d’adresse ! James a eu la chance d’éviter de devoir loger à l'hôtel, mais d’avoir pu habiter temporairement chez ses beaux-parents qui, fort heureusement, sont clients de la même banque depuis 25 ans.


Writing - Photo de Free-Photo pour pixabay.com


4ème étape : Obtenir un numéro de sécurité sociale

Le fameux, l’incontournable ! Vous l’attendiez avec impatience celui-ci, n’est-ce pas ? Car oui, si toute personne, étrangère ou non, travaillant en France doit avoir un numéro de sécurité sociale, un ressortissant canadien avec un PVT n’a pas accès aux droits de la sécurité sociale. Jusqu’ici, cela semble compréhensible.

Dans les faits, cela se complique : il n’est précisé nulle part comment se procurer un numéro de sécurité sociale sans obtenir les droits associés (ou alors nous avons fort mal cherché !). Après un long casse-tête, entre voyages à la CPAM, appels surtaxés et autres, nous avons finalement obtenu la solution.

Le numéro de sécurité sociale doit être demandé par l’entreprise, l’individu ne peut pas en faire la demande par lui-même. James a donc dû contacter sa directrice des Ressources Humaines pour qu’elle fasse elle-même les démarches pour régulariser la situation.


P.S. : Vous trouverez probablement l’information de devoir apostiller et légaliser votre certificat de naissance, cependant, cela n’a pas été utile pour le numéro de sécurité social, mais l'est pour le mariage !

5ème étape : Trouver un logement

Dans la série, Emily obtient un chouette logement grâce à son entreprise qui a géré cela avant son arrivée. Merci l’aide à la relocalisation qui existe bel et bien (on a évoqué le sujet avec Élodie dans l’épisode 46 de la saison 1), mais n’est pas offerte à tous. Dans la “vraie” vie des expatriés qui ne bénéficient pas de ce type d’aide, il faut éplucher les petites annonces, éviter les fraudes, apprendre les règles du jeu et tomber des nues devant la réalité du marché.

À Montréal, on cherche un appartement environ trois mois à l’avance. En effet, entre trois et six mois avant la fin du bail d’un an, le locataire doit confirmer ou non le renouvellement de son bail à son propriétaire. De plus, il n’est pas courant de casser son bail, mais plutôt de faire une cession de bail le cas échéant, en se chargeant de trouver soi-même les futurs (sous-)locataires, sous réserve de l’accord du propriétaire.

A contrario, en France, on cherche un appartement pour le lendemain, car un locataire a seulement un mois de préavis à donner. Et bien souvent, entre juillet et septembre, les étudiants sont prioritaires. Il faut donc être ultra-réactif, déposer son dossier à chaque visite et essuyer beaucoup de refus car deux garants, une promesse d’embauche et des économies en dollars canadiens ne sont pas suffisants. Cela ne rentre pas dans les cases. En outre, chercher à distance est quasiment inutile, sauf peut-être dans le cas d’une colocation.

Pour mettre toutes les chances de votre côté, retenez donc les trois choses suivantes :

  1. Épluchez les annonces sur Leboncoin sans arrêt (équivalent de Craigslist ou Kijiji pour le Canada) ;

  2. Évitez d’arriver autour de la rentrée scolaire si possible ;

  3. Venez sur place, quitte à louer un Airbnb ou un hôtel pour les premières semaines.


6ème étape : Renouveler son visa

Pour ajouter un peu de piment à cette histoire, James a dû renouveler son visa en période Covid-19. Le PVT France dure un an pour les Canadiens, renouvelable une fois. Les informations glanées sur Internet, et notamment sur le site du Consulat de France à Montréal, indiquaient qu’il fallait contacter la Préfecture de son lieu de résidence pour ce faire. Post-confinement, les institutions gouvernementales n’avaient pas toutes rouvert leurs portes au public et il était impératif de prendre rendez-vous.

Après avoir tenté de contacter non pas une, mais deux Préfectures, celle du Val-de-Marne a renvoyé notre expatrié vers la Sous-préfecture au bout de trois semaines. Suite aux échanges de mails avec cette dernière, James a donc envoyé son dossier comprenant les documents a priori demandés, et notamment une preuve de finances, pouvant être un contrat de travail ou les relevés bancaires depuis un an.

Nous avons dû faire face à quelques péripéties au sujet de cette preuve de finances qui nous ont fait croire que nous avions quitté la série “Emily in Paris” pour le film “Casse-tête chinois”. Je vous épargne les détails, mais il vous faut retenir qu’un Canadien avec un PVT peut bel et bien être embauché en CDI, et que, même s’il est en CDI, ce dernier peut transmettre son contrat de travail pour renouveler son visa. Ainsi, à douze heures de la fin de son visa, James avait rendez-vous pour faire renouveler son titre de séjour temporaire et tout s’est passé comme sur des roulettes !

En tout, cela a pris trois mois de traitement et d’allers-retours par mail et la poste, donc n’attendez pas le dernier moment si vous ne souhaitez pas interrompre votre contrat de travail ou retourner au Canada entre temps, et n’hésitez pas à faire appel à votre ambassade, ils sont là pour vous aider.

D’autre part, si vous êtes en couple avec un(e) Françai(s), le PACS ou le mariage peuvent aussi être des possibilités pour rester sur le territoire, car cela vous donne accès à une carte de séjour « vie privée et familiale », qui, à terme, vous permettra de demander une carte de résident.

Et voilà pour l’expérience de James, Canadien anglophone, expatrié en France depuis près d’un an et demi, d’un point de vue administratif. On vous retrouve dans la deuxième partie de cet article pour parler des découvertes et chocs culturels !



Margaux Sanfourche

www.cagette-de-voyages.com

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