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La France vue par un Canadien anglophone

Épisode 2 : découvertes & chocs culturels

Photo de Svetlana Sokolova pour freepik.com



Si vous n’avez pas lu le premier article, je vous donne rendez-vous ici. Vous y découvrirez des informations sur l’aspect administratif de l’expatriation en France. Et surtout, on explique pourquoi "Emily in Paris" ne peint pas toujours une toile hyper réaliste. Aujourd’hui, on s’attaque aux chocs culturels mais aussi aux petites surprises positives d'une expatriation en France. Et, c’est là que la réalité et la fiction se rejoignent peut-être le plus. En effet, malgré les aspects caricaturaux et clichés que l’on retrouve dans la série, certains expatriés français aux États-Unis, comme Cédric dans l’épisode 11 de la saison 2, ou certains expatriés américains en France, s’accordent pour dire qu’il y a une belle part de vérité.


Replongeons-nous donc dans l’expérience de James pour découvrir quels ont été selon lui les grandes joies et les petits chocs culturels à son arrivée en métropole !


1- Les grandes joies de l’expatriation

Malgré son lot de défis, l’expatriation est source de grandes joies et découvertes. C’est en effet plutôt bien représenté dans la série, lorsqu’Emily croque dans un croissant, déguste un verre de champagne ou rencontre des personnes adorables qui deviennent ses ami(e)s : elle découvre, elle s’extasie, un rien peut embellir sa journée.

Dans la vraie vie, un expatrié expérimente le plaisir des découvertes et nouveautés quotidiennes,. C’est l’un des buts de l’expatriation et James n’échappe pas à la règle !

1ère découverte heureuse : la gastronomie

La gastronomie est une part importante de la culture d’un pays, et chacun en est fier. Et s’il y a bien une pensée qui rassemble tous les Français, c’est que la gastronomie française est l’une des meilleures du monde. C’est même un art, que pratique le plus petit des bistrots.

En effet, les fruits et légumes ont sans conteste plus de goût en France ! Même la tomate lambda de grande surface a généralement plus de goût que la tomate bio du Canada (la faute au climat!). Une simple salade tomate-mozzarella devient ainsi un mets raffiné. Sans oublier les viennoiseries, le pain, le fromage, et autres spécialités … Bien que l’on puisse très bien manger au Canada et y dénicher une multitude de restaurants sympathiques aux plats succulents, il est vrai que les restaurants, bistrots, cafés et bars pullulent dans la moindre petite ville française. D’autre part, dans le cas de Lyon, capitale de la gastronomie, où nous avons posé nos valises, nous sommes bien lotis avec les célèbres bouchons : pas trop chers, excellents et copieux !

Enfin, on ne peut s’attabler sans ouvrir une bonne bouteille ! Le vin fait partie de la culture française, il n’y a qu’à voir le nombre de vignobles ou le nombre de bouteilles au rayon alcool des supermarchés. Depuis que James est en France, il a donc consommé plus de vin que d’habitude, appris à reconnaître certains cépages ou régions, et visité la Cité du Vin à Bordeaux. C’est maintenant lui l’expert !

2ème découverte heureuse : les paysages de France, divers et variés

La France est un pays magnifique, et malgré sa petite superficie, la diversité des paysages est époustouflante : on passe de la mer, aux montagnes, aux forêts, aux lacs, aux vignobles, du chaud au froid, de l’air méditerranéen à l’air breton. Il suffit de conduire deux heures dans une direction pour se retrouver dans un environnement totalement différent. Les possibilités d’exploration sont donc infinies et pour les amoureux de nature et de randonnées que nous sommes, c’est un terrain de jeux sans limite (hors pandémie !).

Je dirais même plus, pour les amoureux du ski, c’est le pied ! En effet, le Canada est un pays assez plat, hormis dans l’ouest où l’on trouve les Rocheuses. Pour les Ontariens, il y a donc assez peu d’options : Mont-Tremblant au Québec est peut-être l’une des stations les plus proches et les plus dignes de ce nom. Cependant, une fois que l’on découvre les Alpes, la taille du domaine skiable, l’altitude et la longueur des pistes, la qualité de la neige, il n’y a pas photo !

3ème découverte heureuse : l’Histoire de France

Ce n’est pas pour rien que l’Europe est surnommée le Vieux Continent. L’Histoire y est riche et ancienne, et la France regorge de vestiges de ce passé. Certains monuments sont incontournables, d’autres sont plus intimement liés au Canada.

Dans la série des incontournables, je demande les châteaux de la Loire, Versailles, et autres merveilles architecturales de Paris, Lyon, Bordeaux, Aix-en-Provence, etc.

En tant que Canadien, James tenait tout particulièrement à marcher sur les traces de ses ancêtres qui ont combattu lors des deux guerres mondiales du XXème siècle. Nous avons donc foulé le sable de Juno Beach et visité le Juno Beach Center, un musée à la mémoire des soldats canadiens, géré entièrement par des Canadiens. Pour rappel, Juno Beach est la plage où les Canadiens ont débarqué lors du Débarquement de Normandie en 1944. Le centre historique est très bien fait, et apporte une nouvelle perspective de cet événement si fort de notre Histoire. À l’occasion du 11 novembre, nous voulions aller à Vimy Ridge où se trouve le monument à la mémoire des Canadiens qui ont combattu lors de la bataille éponyme de la Première Guerre Mondiale, mais la pandémie de Covid-19 en a décidé autrement. Ce n’est que partie remise.

4ème découverte heureuse : la proximité de l’Europe

C’était l’un des buts de cette expatriation en France : pouvoir voyager en Europe et découvrir la culture de ces pays voisins, si proches ! Mais entre une arrivée compliquée et quasiment sans le sou, et une pandémie plutôt virulente, cette découverte en est encore au stade d’utopie. On vous tiendra au courant, si 2021 le veut bien !

Bonus : rencontrer la famille de Madame

Un autre objectif de cette expatriation était bien entendu de passer plus de temps avec la famille de Madame (la mienne donc), histoire que tout le monde se connaisse. James a été adopté sans problème et a vraiment eu l’occasion de rencontrer tout le monde (oui, j’ai une grande famille).


Contre-jour parisien - Photo de © Margaux Sanfourche


2- Les petits chocs culturels

Au contraire d’Emily qui débarque comme une fleur à Paris, James parlait français et avait côtoyé plusieurs Français au cours des deux années précédentes à Montréal. Certes, ces Français étaient fort “nord-américanisés”, résidant pour la plupart depuis plusieurs années au Québec. Ils ont eu beau participer à la préparation de James dans son expatriation, cela ne l’a pas empêché d’être confronté à de petits chocs culturels !

1er choc : la bise

Cela a beau être très connu, les Nord-Américains sont toujours autant surpris, tant c’est éloigné de leurs habitudes. A vrai dire, tout le monde est toujours surpris, même un Français qui change de région : on fait deux bises à Paris, trois à Montpellier, on commence par la joue droite dans le nord et la gauche dans le sud. Il y a de quoi être confus ! Pour autant, cette habitude n’est pas uniquement française, mais plutôt méditerranéenne, s’étendant jusqu’à la Russie et l’Afrique subsaharienne, ou encore à la Belgique et la Suisse Romande. Pour en savoir plus, Mathieu Avanzi a écrit un article publié dans Le Point Sciences à ce sujet.

Ce qui étonne d’autant plus nos amis anglo-saxons, c’est que la bise sort de la sphère privée et familiale. Ainsi, James, qui avait déjà dû faire la bise à nos amis français et à ma famille et connaissait donc le principe, est resté interloqué lorsqu’il a découvert que l’on faisait la bise à tous ses collègues le matin en arrivant au travail. Pour lui, en plus d’être un changement d’habitude qui envahit sa sphère personnelle, cela semblait une perte de temps - on touche ici à une autre différence culturelle : le monde du travail, ses codes, sa gestion du temps … tout un programme, qui déchaîne les passions, sur lequel on pourrait débattre des heures.

2ème choc : l’accent

Bonne nouvelle pour notre Canadien anglophone : le français de France lui semble plus doux à l’oreille et plus facile à comprendre que le québécois. Mauvaise nouvelle : son accent à lui ne passe pas inaperçu lorsqu’il parle en français ! Ce n’est pas grave en soit, car la majorité des gens trouve cela charmant. Cependant, sans vouloir être méchants, certains veulent réentendre son accent et lui demandent de parler ou de répéter ce qu’il vient juste de dire … comme s’il était une curiosité ou un animal de cirque. Cela m’a mise plus mal à l’aise que lui, car j’avais peut-être un peu honte que des compatriotes agissent de la sorte, alors que la France est l’un des pays les plus touristiques au monde et que je trouve cela curieux que d’autres s’étonnent d’un accent à ce point là.

Sur une note plus légère, beaucoup de personnes, peu habituées à entendre des étrangers parler dans leur langue maternelle ou en français, ne font pas la différence entre les accents : ils ne distinguent pas un Anglais, d’un Américain, d’un Canadien, d’un Australien, entre autres. On ne peut pas leur en vouloir, si vous n’avez jamais appris le chinois, entendrez-vous la différence entre le mandarin et le cantonnais ? Si nos oreilles ne reconnaissent pas les mots, elles ont du mal à reconnaître les accents (si vous travaillez dans le tourisme ou dans un lieu touristique, votre oreille est peut-être aguerrie!). Ce qui tient de l’anecdote devient plus problématique dans le cadre professionnel, notamment lorsque vous répondez au téléphone et que votre interlocuteur ne vous comprend pas, s’énerve et vous traite de “rosbeef” et que vous vous retenez de lui répondre que vous êtes plutôt sirop d’érable !

3ème choc : les horaires

Les scénaristes effleurent le sujet dans la série, lorsqu’Emily arrive au bureau toute pimpante à 8h et que personne n’arrive avant 10h. Ce cliché est plus parisien que français - on commence souvent plus tôt en province qu’à la capitale -, mais il illustre d’une certaine façon les différences d’horaires qu’un expatrié peut rencontrer.

Cela commence avec les horaires des magasins : en Amérique du Nord, dans les grandes villes, on peut faire ses courses presque n’importe quand - on ne se pose même plus la question du jour, on retient vaguement les heures d’ouverture, et on est sûr de pouvoir se procurer de quoi faire un bon petit plat. En France, bien que les choses commencent à évoluer et que de plus en plus de grandes surfaces ouvrent les dimanches matins (accompagnant parfois les marchés), il vaut mieux s’organiser ! En effet, même si l’on s’habitue à tout, cela fait un petit choc lorsque l’on se promène le dimanche après-midi et que la ville a l’air fermée, alors que l’on est habitué à plus d'activité. C’est la même chose si vous arrivez en train le dimanche soir tard, que votre réfrigérateur est vide, et que vous ne pouvez tout simplement pas manger.

D’autre part, pour faire écho aux aventures d’Emily, James a vécu sa propre adaptation aux horaires de travail : on ne commence pas si tard, en revanche, l’on finit bien plus tard ! Il est rare de quitter son lieu de travail avant 18h-19h - bien que le plus gros préjugé sur les Français vus par les Nord-Américains soit que les premiers ne travaillent jamais.

Enfin, intimement liées aux horaires de travail, les horaires de repas diffèrent : on prend peut-être un peu plus de temps à l’heure du déjeuner, et encore ce n’est pas avéré. En revanche, comme l’on finit plus tard le soir, on dîne forcément plus tard. Ce n’est pas étonnant que les Français aient donc le goûter pour tenir toute l’après-midi, lorsque les anglo-saxons se mettent à table à 18h.

4ème choc : être invité chez quelqu’un

Lorsque l’on est invité chez quelqu’un en France, on ramène toujours un cadeau, que ce soit une bouteille de vin, un bouquet de fleurs ou une boîte de chocolats. Au Canada, ce n’est pas monnaie courante, surtout lorsque l’on sait qu’en soirée, on ramène son propre alcool pour le consommer, et qu’il n’est pas si rare de repartir avec les bouteilles non entamées que l’on a soi-même apportées. Ce qui ne se ferait jamais en France, sous peine de passer pour un radin !

D’autre part, en France, on peut très bien être invité pour le café ou le goûter/thé, ce qui est très rare voire inexistant au Canada. En effet, ces derniers ont beau faire partie du Commonwealth, ils n’ont pas la culture du thé des Anglais, et on invite donc les gens soit pour le déjeuner soit pour le dîner, rarement en plein après-midi.

5ème choc : les petits détails de tous les jours

Tous les jours, sans s’en rendre compte, nous faisons face à des situations qui semblent banales et qui en réalité représentent des petits chocs culturels pour un expat'. Cela va de la largeur des rues, qui sont parfois à double sens alors qu’une seule voiture a déjà du mal à passer, à la petitesse des réfrigérateurs dans lesquels on ne peut stocker plus d’une semaine de victuailles, en passant par le nombre de fumeurs, et des mégots de cigarettes jetés négligemment au sol, ou encore les crottes de chiens qui jonchent les trottoirs.

Pour les deux premiers aspects, cela est lié à l’Histoire et à la topographie : certaines villes, et notamment les plus grosses comme Paris, Lyon ou Marseille, existaient déjà à l’Antiquité, puis ont évolué au Moyen-Âge, jusqu’au 19ème siècle principalement (en terme d’urbanisme). Au Moyen-Âge par exemple, la construction des villes s’organisait de façon concentrique autour des lieux d’importance, que ce soit une église ou un château, et les rues étaient étroites et sinueuses. De plus, comme les châteaux étaient construits en hauteur pour voir l’arrivée des ennemis au loin et être plus difficiles d’accès, on remarque que beaucoup de villes ne sont pas construites sur des étendues plates mais vallonnées. Ainsi, malgré les travaux d’urbanisme du 19ème siècle, avec notamment le très célèbre Haussmann et ses grands boulevards parisiens, les villes françaises conservent encore aujourd’hui des rues étroites et sinueuses par endroit, et un quadrillage pas très carré, mais plutôt anarchique. De plus, les gens s’y entassent pour être au cœur de l’action, donc les appartements sont petits et la taille des réfrigérateurs proportionnée.


A contrario, les villes nord-américaines sont principalement quadrillées de façon très cartésienne. Au Canada, qui est un pays plutôt jeune, immense et assez plat (à part dans l’ouest), avec une densité de population relativement faible, les villes s’étendent largement, les rues sont des boulevards, tout est simplement plus grand, car l’espace est disponible. Bien entendu, en centre-ville, on peut trouver des appartements étriqués avec de mini-réfrigérateurs, et dans le cœur des vieilles villes comme à Québec ou Montréal, on retrouve une architecture et un urbanisme proches de l’Europe, mais globalement, ce n’est pas la norme, et encore moins en Ontario, d’où vient notre Canadien anglophone.

Pour les autres aspects, c’est plus difficile à expliquer rationnellement. D’un côté, les Français déplorent la malbouffe nord-américaine, mais ne voient pas d’inconvénient à fumer énormément. De l’autre, les Canadiens légalisent la marijuana, mais font tout pour empêcher les gens de fumer en terrasse, et le gouvernement réglemente la vente d’alcool. Entre héritage culturel et influence entre pays voisins, chaque pays se construit sa propre identité, et ces différences sont autant de petits chocs pour les uns et les autres ! (Pour les crottes de chiens, en revanche, il serait peut-être temps de faire quelque chose ! Cela n’a rien de très culturel … ou peut-être que si ! Mais il n’est jamais trop tard pour changer !)

Et voilà pour l’expérience de James, Canadien anglophone, expatrié en France depuis près d’un an et demi. Et vous, êtes-vous expatrié en France ? Comment avez-vous vécu cette expérience ?


Margaux Sanfourche

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