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Le couple bilingue : entre quiproquos linguistiques et différences culturelles

Dernière mise à jour : mars 31


Illustration par Margaux Sanfourche


L’amour ne connaît pas de frontière comme nous l’avons appris dans les livres et films de notre enfance. Je pense notamment aux films tels que “Les Poupées Russes” ou encore “Love Actually”. La mondialisation, les échanges universitaires Erasmus et Erasmus Mundus, ou bien les opportunités d’emploi à l’étranger n’y sont pas pour rien. Et comme les fictions sont une représentation plus ou moins édulcorée de la réalité, c’est avec peu de surprise que les chiffres confirment cette tendance. En France, en 2018, 15% des mariages célébrés étaient bi-nationaux (un(e) ressortissant(e) français(e) et un(e) étranger(e)), contre 6% en 1950, selon l’INED. D’autre part, si on prend en considération les mariages de ressortissants français à l’étranger, ce nombre s’élève à plus de 27% (27% était le chiffre de 2015 selon l’INSEE). A fortiori, les couples bi-nationaux incluent les couples “linguistiquement mixtes”.


La langue est la quintessence d’une culture, car elle en est la représentation et le moyen de transmission à elle seule. Apprendre et parler une langue, c’est donc découvrir un peu plus la culture qui y est associée. Et être en couple avec une personne qui n’a pas la même langue maternelle, c’est accueillir dans son quotidien une culture qui n’est pas la sienne, avec toutes les difficultés, mais aussi et surtout, toute la richesse que cela apporte.


Ainsi, chaque jour ou presque nous embarque dans des montagnes russes : toutes nos idées préconçues sont sans cesse remises en question au contact de l’autre. Cela est déjà vrai dans un couple qui parle la même langue, et s’accentue fortement lorsque la langue maternelle diffère! En effet, la part d’interprétation est plus grande, et les quiproquos linguistiques fréquents.


D’ailleurs on dit toujours que comprendre l’humour est l’étape la plus difficile dans une langue étrangère, et pourtant l’humour est l’une des clés de voûte de toute relation humaine. Cela m’est donc déjà arrivé de comprendre des mots ou une phrase sans en percevoir le sens final, et je peux vous dire que c’est vraiment perturbant. Une dichotomie se crée dans le cerveau, qui fume à force d’essayer de la résoudre !


Regardons aujourd’hui de plus près quelques anecdotes relatives aux différences linguistiques et culturelles, impactant au jour le jour un couple “linguistiquement mixte”.


1. LES QUIPROQUOS LINGUISTIQUES


Les phrases négatives pour exprimer du positif en français


N’avez-vous jamais remarqué à quel point la langue française est alambiquée et négative ? Il faut tout de même avouer qu’utiliser du négatif pour exprimer du positif, c’est tout un concept. Et pourtant ! C’est monnaie courante en français, et l’on ne s’en rend même plus compte. Combien de fois avons-nous dit “C’est pas mal !” pour dire “C’est bien”. Pour un anglophone qui n’est pas familier avec le français, c’est le casse-tête assuré et une petite lueur d’incompréhension dans les yeux.


Les nuances des expressions


On peut avoir tendance à traduire littéralement notre langue maternelle, notamment au début de l’apprentissage de notre seconde langue ou bien après une journée complète dans notre dialecte. Au début, il y a du travail avant que notre cerveau ne se remette à penser dans celle de notre moitié. Ainsi en anglais, on aura tendance à répondre “I’m fine” pour dire que “ça va (bien)” en rentrant du travail. Cependant “I’m fine” peut être alarmant pour un anglophone : cela équivaut à notre “ça va” agacé ou dépité, quelque soit l’intonation. Bref, lorsqu’on répond “I’m fine”, ça ne va pas vraiment en réalité ! Et c’est beaucoup moins subtil qu’en français pour le coup. Après cela, on s’étonne beaucoup moins de l’usage excessif des superlatifs de la part des américains pour décrire leur état ou leur journée : ils ne voudraient surtout pas inquiéter leurs congénères.


Les mots faux-amis


Il y en a dans toutes les langues, et cela peut parfois être comique, comme très embarrassant ! En parlant de ce mot précisément, “embarrassé” et “embarrassed” signifient bel et bien la même chose, mais qu’en est-il de “embarazada” en espagnol ? Eh bien, cela veut dire “enceinte” ! Ou encore, si vous souhaitez reprocher à votre conjoint qu’il est trop “sensible” en anglais, vous risquez de lui reprocher d’être trop raisonnable, et il risque de le prendre comme un compliment ! Un petit dernier pour la route : “debil” en espagnol signifie faible et non idiot.


Bref, si votre douce moitié vous regarde d’un drôle d’air, c’est peut-être simplement un petit problème de vocabulaire et vice-versa ! Un dictionnaire bilingue (ou Google Traduction) est votre meilleur ami pour vous sortir de ces situations.


Entre le langage et la culture, il y a le langage corporel !


Et notamment le sujet, connu et reconnu, de la bise. Pas besoin de vous faire un dessin, la bise, ça bloque toujours à l’étranger : les anglophones ne sont pas habitués à d’autant de proximité, les mexicains vous prennent dans leurs bras à la place, et les japonais ne vous touchent surtout pas. Convertir ou non votre moitié à la pratiquer dépendra principalement du pays dans lequel vous avez décidé de poser vos valises, de votre dose de culot et d’un petit peu de chance !


Illustration par Margaux Sanfourche


2. LES DIFFÉRENCES CULTURELLES


L’Histoire étudiée à l’école et les références culturelles mondiales liées


L’Histoire lie invariablement, ou presque, plusieurs pays entre eux. Il n’y a pas de grande guerre qui n’ait vu s’affronter deux nations. Il n’y a pas de grandes découvertes sans migration et exploration. Si l’Histoire est souvent, voire toujours, écrite par les vainqueurs, elle est aussi, et surtout, racontée dans le spectre du pays dans lequel on grandit. C’est donc très intéressant de comparer ce que l’on apprend à l’école à propos d’un événement et de se rendre compte des concordances comme des divergences.


Prenons comme exemple la date de l’indépendance du Mexique : les Etats-Unis fêtent le Cinco de Mayo et reconnaissent cette date comme le jour de l’indépendance du Mexique, tandis qu’au Mexique, cette date correspond à la Bataille de Puebla en 1865 (victoire des troupes mexicaines libérales contre l’armée française impériale) et n’est pas vraiment fêtée, hormis dans l’Etat de Puebla. A contrario, les mexicains célèbrent chaque année leur indépendance le 16 septembre, car ce jour-là correspond au début de la Guerre d’Indépendance en 1810.


La place du débat à table lors de réunions familiales ou amicales


En France, de façon générale, on aime parler, débattre, avec plus ou moins de véhémence, on dit haut et fort son opinion, même si elle n’est pas politiquement correct, on râle beaucoup, on se chamaille pour mieux se réconcilier. Ceci est un gros cliché, mais les clichés ont toujours une petite part de vérité. Et celui-ci n’échappe pas à la règle : j’ai toujours eu l’habitude de participer à des réunions de famille bruyantes, avec beaucoup d’échanges, de débats, du ton qui monte vite pour redescendre aussi vite. Il en va de même avec mes amis, nous parlons généralement fort, et nous n’hésitons pas à aborder des sujets controversés.


Alors que lors de mon premier Noël au Canada dans la famille de Monsieur, j’étais gênée par le silence : pas un mot plus haut que l’autre. Et surtout, on n’aborde pas de sujets fâcheux ! Mon beau-père a bien tenté le coup pour savoir ce que les français pensaient de leur Premier Ministre, Justin Trudeau, mais personne n’a surenchéri derrière. On se confronte ici à une différence culturelle amplifiée par la différence linguistique : je ne pouvais pas combler le silence, car je ne savais pas quel type d’humour ou quel type de conversation serait apprécié.


La gastronomie : la dinde et sa sauce gravy VS le plateau de fromages


Chacun sa spécialité ! Être en couple avec un “étranger”, c’est aussi tester des nouveautés culinaires que l’on ne trouve nulle part ailleurs. De la mole mexicaine, à la mozzarella di Buffala, en passant par le palak paneer, les sushis, le steak de kangourou ou la poutine, la gastronomie est un pan incontournable de la culture d’un pays et de ses ressortissants. Ce n’est pas pour rien que la baguette fraîche et croustillante manque tant aux expatriés français ! Soyez curieux, osez, goûtez et vous serez positivement surpris la plupart du temps !


Les fêtes et jours fériés (Thanksgiving et le Remembrance Day)


Les jours fériés diffèrent en fonction de ce que le pays a vécu et de son empreinte religieuse : en France, pays plutôt catholique, nous célébrons les différentes fêtes chrétiennes mais aussi la prise de la Bastille, symbole de la Révolution Française. Nous ne célébrons pas le 4 juillet, réservé aux Etats-Unis, ni Thanksgiving (l’Action de Grâce) qui a elle-même une date différente au Canada et aux Etats-Unis, ni encore le Holi Festival qui se déroule en Inde.


Certains jours fériés comme “la fête du travail” se retrouvent dans plusieurs pays, mais pas à la même date : le 1er mai pour la France, le 1er septembre pour le Canada, entre autres. En effet, le choix de la date d’un tel jour férié est souvent déterminé par les autres jours fériés culturels.

D’autre part, chaque pays a sa propre politique quant aux jours fériés. En France, nous avons relativement beaucoup de congés payés et de jours fériés, ainsi, si par malchance, une année, tous les jours fériés tombent un dimanche, eh bien c’est comme cela. On attendra l’année suivante pour prévoir plusieurs longs week-ends. Tandis qu’au Canada et aux Etats-Unis, où le nombre de congés payés est bien plus restreint, si le jour férié tombe un samedi ou un dimanche, il est reporté le vendredi ou le lundi le plus proche!


Un couple bi-national* aura donc tendance à célébrer toutes les fêtes pour deux raisons :

1) c’est toujours sympathique de fêter quelque chose, c’est une occasion en or pour prévoir un bon repas entre amis ou en famille, une escapade en amoureux ou autre ;

2) cela permet de faire vivre la culture de chacun, et en particulier la culture dominée, (aka la culture de l’expatrié) qui se voit parfois un peu effacée face à la culture de son conjoint, dite alors dominante.


Crédits : Margaux Sanfourche


3. BONUS : LE CHOIX DE LA LANGUE AU SEIN DU COUPLE


Ce choix est propre à chacun et se fait généralement inconsciemment.


Le couple choisit généralement la langue dans laquelle les deux membres sont le plus à l’aise pour s’exprimer. Cela peut donc être l’anglais pour un terrain neutre entre un italien et une française - comme dans l’épisode 48 de la saison 1 où Sandrine nous raconte son histoire et notamment sa façon de communiquer avec son cher et tendre. Cela peut aussi bien être la langue du pays dans lequel vous habitez indépendamment des langues de chacun - comme dans l’histoire de Fanny que vous pourrez (re)découvrir dans l’épisode 25 de la saison 1. Ou encore un mix de plusieurs langues ! Par exemple, étant en France en ce moment, nous basculons de l’anglais au français et vice-versa avec Monsieur, tandis qu’à Montréal (pourtant en zone francophone), c’était beaucoup plus rare.


Cependant, faire l’effort d’apprendre la langue de l’autre, ne serait-ce que les bases, est grandement recommandé. C’est une preuve d’amour, car vous montrez un réel intérêt pour votre conjoint et sa culture. D’autre part, cela facilite les réunions avec la belle-famille qui ne parle probablement pas un traître mot de votre propre langue ! Enfin, quand viennent les enfants, là encore cela se fait au feeling, mais il est conseillé de parler dans sa langue maternelle avec son enfant pour la lui transmettre au même titre que sa culture. L’enfant apprendra autant de mots qu’un enfant unilingue (ils seront simplement dispatchés dans deux ou trois langues) et se développera normalement ! Pour en savoir plus, n’hésitez pas à (ré)écouter l’épisode 41 de la saison 1 - Hors série sur le bilinguisme chez les enfants.


POUR CONCLURE


Les clés de la durabilité heureuse d’un couple bilingue (ou trilingue !) sont donc :


  • la communication (encore et toujours, et davantage que dans un couple unilingue**) pour lever tout quiproquo le plus vite possible ;

  • l’ouverture d’esprit pour découvrir la culture de l’autre et comprendre l’autre davantage ;

  • la patience car votre moitié ou vous-même ne serez pas forcément parfaitement bilingue et il faudra du temps pour que cela ne se produise. Aidez l’autre à parler votre langue et se faire comprendre dans votre pays/cercle familial ;

  • la confiance en vous et en l’autre, pour faire des erreurs, recommencer, et vous soutenir !


Et vous, quelle langue parlez-vous dans votre couple ?




* Je précise ici bi-national et non bilingue, car vous pouvez être un couple bilingue de la même nationalité, comme au Canada ou en Belgique, et même si vous ferez face à des quiproquos linguistiques et des différences culturelles évidentes, a priori, vous avez les mêmes fêtes et jour fériés - encore qu’au Canada, chaque province a quelques différences à ce niveau-là également (comme le Fête du Québec, qui est le Jour de la Reine d’Angleterre en Ontario). De même en France, certaines régions célèbrent des fêtes bien précises que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur le territoire (la fête du Pois Chiche à Uzès par exemple !), mais encore une fois, cela n’impacte pas les jours fériés nationaux et les fêtes célébrés au même niveau.


** Petite mention spéciale pour les antillais, les québécois, les belges, les suisses, bref les francophones ne vivant pas dans la métropole : gare à la croyance que ce sera plus facile de communiquer ! Ce sera certainement un peu plus facile au début, mais vous n’êtes pas à l’abri d’un quiproquo culturel tant les expressions divergent et les cultures sont différentes. Cela dit, rien qu’en changeant de région en France, cela peut aussi vous arriver (team chocolatine ou pain au chocolat ?!).



Margaux Sanfourche

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@cagettedevoyages