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Le décalage du retour de l'expatrié


Photo par Sammy Williams

Après la course à l'appartement, au job, à la banque ou aux assurances, après des mois d'aventures et de démarches, de hauts et de bas, tu vas sûrement avoir le spleen du pays et tu vas décider de rentrer retrouver les tiens, le fromage (oups je m'égare!), tes desserts madeleine de Proust, tes magasins préférés. Bref un p'tit retour aux sources pour te prendre un bon shot de quelques jours de tout ce que tu as toujours connu !


Retour au bercail de l’enfant prodige : du love en veux-tu en voilà, jusque-là, pas une ombre au tableau ! La réalité c'est qu'après avoir fait la surprise à tout le monde pour tes vacances, tu vas peut-être toi aussi ressentir ce truc un peu étrange. Une sorte de décalage, de faille sismique à la Stranger Things entre ton nouveau monde et ton ancien chez toi. T’es devenu le ‘cousin de l’étranger’ aux repas de famille, celui qui doit répondre à toutes les questions clichées de Tonton Roger parce qu’il a vu un reportage de trois minutes sur ta nouvelle terre d’accueil sur France 3. Avec tes amis qui sont restés sur place, tu pourrais sentir aussi un décalage notamment avec les bébés en route, les achats et les constructions de maison… Bref, on est sur deux salles deux ambiances !


On change tous, on grandit, mais une expatriation c'est une expérience à part, c’est une aventure au quotidien où tu peux te réinventer et où tout devient possible. Tu te retrouves face à des situations improbables, et face à toi-même : c’est l’Aventure avec un grand A ! Du coup, tu évolues grâce à tout ce que tu traverses. En particulier ces choses que souvent seule la communauté des expatriés peut réellement comprendre (problèmes d’immigration etc.). Et surtout… Tu investis temps et efforts pour te créer une nouvelle vie. Un nouveau quotidien avec ses propres codes, ses habitudes, ses rencontres mais également son rythme et ses modes de pensées liés à la culture du nouveau pays. Tout ce renouveau et cette adaptation t’impactent directement et te changent.


Photo par @Katdelapampa


Personnellement, après être rentrée de Montréal trois fois en 4 ans, je me sens comme une danseuse de french-cancan qui fait un grand écart entre son pays d'origine et son pays d'adoption. Ça demande de la souplesse au quotidien et pas mal d'adaptation ! Mais ce qui m’a le plus frappé reste cette sensation étrange que, malgré le fait d’être rentrée quelques jours au milieu des miens, je ne me sentais plus vraiment chez moi. Et quand la boulangère m’a demandé si j’étais québécoise, ce sentiment ne s’est trouvé que plus renforcé. La réalité c'est qu'après avoir fait la surprise à tout le monde, une fois ‘l’excitation passée’, c’est comme si j’étais devenue spectatrice d’un quotidien familier que j’avais toujours connu, mais dont je ne faisais plus vraiment partie. C’est comme si ‘ tout était resté dans son jus ‘, que rien n’avait vraiment changé. Alors que de mon côté, tout avait changé.


Alors évidemment, faire le plein d’amour, ça fait un bien fou ! Mais après quelques jours dans ma terre natale, j’ai eu envie de retrouver mon pays d’adoption, son ambiance, sa douceur de vivre que j’aime tant, mon appartement, mes petites habitudes et mes amis… Ce qui m’avait fait tomber sous le charme du pays ainsi que CE POUR QUOI je m’étais battue et acharnée à construire. Et je me suis presque sentie coupable à ce moment-là… Le plus dur a été d’accepter d’être étrangère dans mon propre pays, de ne plus vraiment me sentir chez moi dans le pays qui m’avait vu naître et grandir et où ceux que j’aime sont restés, dans une vie qui désormais n’était plus la mienne. Comme si C’est peut-être ça être expatrié, avoir “LITTÉRALEMENT LE CUL ENTRE DEUX CHAISES”.


Comme il y a autant d’histoires d’expatriation que d’expatriés, je me suis tournée vers Marie-Paule, une amie qui a fait le choix de rentrer en France l’été dernier. Autant te dire qu’après une quinzaine d’années passées en Bolivie, et deux enfants plus tard, le retour a été un véritable DÉFI pour toute la petite troupe ! « On ne regrette pas d’avoir pris la décision, mais il est très difficile de quitter une vie de 15 ans dans un endroit, où on connaît tout le monde. C’est comme quitter ta vie…Redevenir anonyme, avoir le sentiment de devoir faire ses preuves dans tous les milieux sociaux, pros, et bien d'autres, et réapprendre à vivre ici, où tout est très normé, réglementé, et différent, c’est particulièrement difficile ».


On peut parler de véritable choc culturel.


Photo par Jill Wellington


Les boliviens sont des personnes extrêmement chaleureuses, accueillantes, spontanées dans leurs échanges. Les gens se parlent tout le temps, partout et pour tout. Il est assez facile de nouer contact avec la population et de se créer rapidement un cercle d’amis. On ne va pas se mentir, en France, c’est quand même une autre affaire, d’autant plus quand tu reviens quinze ans après et que tes ami(e)s sont devenu(e)s de lointaines connaissances. Il y a également la différence de rythme de vie : en Amérique du Sud les gens sont moins stressés et prennent plus le temps de vivre. D’ailleurs ils ne sont pas franchement à cheval sur les horaires m’a confié Marie-Paule. Certains de ses premiers invités s'étaient pointés avec plus de trois heures de retard et la petite famille n’avait plus rien à leur offrir puisqu’ils avaient tout mangé, pensant qu’ils ne viendraient jamais ! Et il semblerait que ce soit monnaie courante ! Lors de notre échange, Marie-Paule a évoqué le côté très libertaire, l’absence de jugement des autres, de ‘ normes ‘ que nous connaissons si bien en Europe et qui peuvent parfois être pesantes lors d’un rapatriement : « Là-bas, tu t’habilles comme tu veux, tu vis comme tu veux, tu n'es pas influencé par les possessions des autres : personne n’a de lave-vaisselle ou de cafetière à dosette ! Ce n’est pas rare de ne pas avoir de voiture, ni Internet chez soi. Donc tu t’en fiches, tu n'y penses même pas. Ici tu as l’impression d’être un extra-terrestre ou un nécessiteux quand tu ne possèdes pas tout ça ». Sans oublier le côté très ‘flexible’ : « il y a toujours possibilité de s’arranger pour tout ! ».


Le syndrome de l’expatrié.


Photo par @Cottonbro


Entre le choc culturel, la réadaptation sans oublier la merveilleuse, l’incroyable, et fantastique paperasse administrative, tu l’auras compris le retour peut parfois être un tantinet compliqué ! Qu’il soit temporaire, définitif, volontaire ou non, il peut être une véritable source de stress allant jusqu’à la dépression. Au vu du nombre d’expatriés et d’impatriés chaque année, les psychologues se sont penchés sur la question et ils en viennent à la conclusion qu’il existe un “syndrome de l’expatrié”. D’après le site internet psy-expat.com, « on parle de syndrome de l’expatrié au retour, quand il y a une déchirure causée par la double appartenance à une terre natale et à un pays d’adoption». Ce syndrome définit le sentiment de se sentir étranger dans son propre pays. Donc si tu es rentré et que tu as été envahi par un spleen baudelairien, pas de panique c’est tout à fait normal ! Et si tu prévois de rentrer, sache que tu pourrais potentiellement vivre ce ‘badmood’ le temps de ta réadaptation. Le problème avec ce syndrome c’est que les proches qui n’ont pas vécu l’aventure de l’expatriation ont parfois du mal à comprendre ce qu’il se passe. Car pour eux la personne qu’ils ont en face est toujours celle qu’ils ont connu, alors qu’en réalité, cette personne est certes la même mais a vécu une aventure qui l’a souvent profondément changée. Bon je ne vais pas trop m’étendre sur le sujet car on me dit dans l’oreillette qu’un article spécial conseils pour le retour est sur le point d’arriver. Alors si tu es déjà rentré(e) ou que tu prévois ton retour dans l’Hexagone, ne manque pas le prochain article ! ;)


Pour finir, tu l’auras compris, revenir dans son propre pays c’est faire face à de nombreux challenge, qu’ils soient culturels, administratifs etc. Tu peux retrouver de nombreux témoignages à ce propos sur le podcast ! D’ailleurs on est curieux ! Toi, ça t’a fait quoi quand t’es rentré pour les vacances ou définitivement ? Est-ce que toi aussi tu as eu cette sensation étrange d’être d’ici et à la fois plus vraiment ? Ou est-ce qu’au contraire, rentrer t’as conforté dans l’idée que ‘chez toi’ c’était dans ton pays natal plus que jamais ? On a hâte de lire ton histoire en commentaire !



Kat

@Katdelapampa sur Instagram



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