• Fanny Cohen

Le nomadisme digital en famille, c’est possible ?


En juin 2020, nous devions faire un “simple” déménagement de la Californie au Texas. Mais en cours de route, nous avons décidé de changer notre projet pour tenter l’aventure du nomadisme digital en famille.


Mais d’abord, petit retour en arrière sur notre situation. Après plus de quatre ans en Californie, dans la baie de San Francisco, nous avions envie de changement. La pandémie et le confinement au printemps 2020 ont fait accélérer notre décision.

Notre choix s’est porté sur la ville d’Austin, au Texas, pour plusieurs raisons. C’est une ville où mon mari pourrait développer son réseau professionnel. Nous avions également des amis de Californie qui y avaient déménagé et s’y plaisaient. La région de la baie de San Francisco commençait à devenir très chère, surtout avec l’arrivée de notre fille et le prix exorbitant des crèches. Austin est une ville dynamique, proche de la nature et nous projetions de louer une maison et non plus un appartement.


Fin juin 2020, nos affaires partaient dans deux containers direction le Texas et nous partions faire un roadtrip de 2 semaines pour rejoindre ce nouvel état.


Pour éviter les grosses chaleurs estivales d’Austin, nous avions loué une maison pour 2 mois, dans un petit village de pêcheurs, en bord de mer, à Seadrift, au Texas. Quel changement que de passer d’un appartement à une maison ! Même si nous savions que nous ne resterions que deux mois, nous nous sommes vite habitués à notre nouveau logement. Je pense que notre fille a été la plus rapide à prendre ses marques d’ailleurs.

Au cours de cet été là-bas, nous avons finalement décidé de tenter l’expérience du nomadisme digital et de ne plus poser définitivement nos affaires à Austin. En route pour l’aventure ! Mais d’abord, laissez-moi vous donner un peu de contexte.



Austin


Être nomade digital, qu’est-ce que c’est ?


C’est pouvoir travailler via un ordinateur d’un peu partout dans le monde. Souvent, le nomade digital reste quelques semaines ou quelques mois dans un endroit avant de repartir pour une nouvelle destination.


Depuis mars 2020, et comme beaucoup de personnes dans le monde, j’ai la possibilité voire l’obligation de télétravailler car les bureaux de mon entreprise sont fermés. Mon mari travaillait déjà à la maison, il est entrepreneur et développeur d’application mobile. Quant à moi je suis data analyst pour le marché français chez LinkedIn. J’évalue des données pour que l’intelligence artificielle progresse dans ma langue maternelle.

Nos jobs respectifs nous permettent donc une liberté de déplacement.

J’ai bien sûr parlé de notre projet de déménagement à ma manager qui n’y voyait pas d’inconvénient. Les seules conditions à respecter étaient les suivantes : rendre mes projets à l’heure, être disponible aux heures californiennes et avoir une bonne connexion internet.

Mais être nomade digital ne veut pas forcément dire télétravailler. Avant la pandémie, il y avait déjà une catégorie de personnes qui trouvait des espaces de coworking, ou bien travaillait dans des lieux publics comme les bibliothèques ou les cafés. L’important est de pouvoir réaliser la majeure partie de ses tâches à distance et via un ordinateur.


Depuis juin 2020, nous avons donc vécu à Seadrift et Austin au Texas, puis au Salvador. Nous avons fêté Noël et le passage à 2021 dans le Quintana Roo, au Mexique, avant de connaître la grosse vague de froid en revenant à Austin. Début mars, nous avons rejoint l’Europe en commençant par la France pour revoir nos proches puis depuis quelques jours, nous sommes au Portugal, dans la région de l’Algarve.

Bref ces derniers mois ont été un tourbillon dans nos vies !



Mettre en place une routine


À force de changer de location, nous avons rapidement pris nos marques et mis en place des traditions et habitudes pour renforcer un cadre autour de ces changements.


Pendant que nous nous installons le premier jour, notre fille fait le tour des pièces.

La plupart du temps, nous louons un airbnb pour des séjours de plus de 4 semaines. Grâce à cette option, les hôtes proposent une réduction “longue durée” et le prix de la location baisse. En général nous sommes restés entre un à deux mois dans le même logement en nous adaptant aux régulations en termes de visa comme ceux de trois mois ou six mois que nous avons reçus respectivement au Salvador et au Mexique.


Petit à petit, nous sommes parvenus aussi à savoir ce qui fonctionne le mieux pour nous sentir à l’aise dans nos logements. Voici nos critères :


  • Avoir une cuisine équipée pour pouvoir se faire à manger facilement.

  • Un espace à vivre suffisamment grand pour que notre fille puisse jouer (elle a bientôt 2 ans et nous la gardons depuis le début de la pandémie).

  • Un espace de travail ou une grande chambre pour installer un bureau pour travailler convenablement.

  • Une bonne connexion internet et du wifi rapide pour toutes les visioconférences et les meetings professionnels.

  • Si possible une salle de bain avec une baignoire. Les parents comprennent ;)

  • Un balcon ou un espace dehors pour profiter de l’extérieur.

  • Situé pas loin d’un centre pour découvrir la ville.

  • Pas loin des magasins pour faire nos courses.


D’autres questions et habitudes vont aussi pointer le bout de leur nez lorsque vous êtes nomade digital. En fonction des destinations, il faudra également réfléchir sur les thèmes suivants :

  • Y-a-t-il un aéroport proche si je dois partir précipitamment, pour des raisons professionnelles ou personnelles ?

  • Dois-je louer une voiture dans ma nouvelle destination ou puis-je tout faire en transport en commun ou à pied ?

  • Comment gérer l’eau potable ? C’est ce que nous avons expérimenté lorsque nous étions en Amérique centrale.


Chichen-Itza, Mexique


Être nomade digitale, faisons le bilan


Après ces onze mois passés en nomade digitale, je me rends compte de ce qui fonctionne mieux pour moi, de ce que j’aime dans cette façon de vivre mais aussi des limites que cela implique dans un futur plus ou moins proche.

Je vous partage donc ici mon bilan personnel de l’expérience :


Les points positifs :


  • La liberté de pouvoir se déplacer d’une région à l’autre. Bien sûr, avec la pandémie actuelle, il faut s’organiser. Nous restons prudents lorsque nous voyageons, mais nous ressentons une grande liberté. Nous nous renseignons au préalable pour savoir de quels papiers et de quels tests (PCR, antigen) nous avons besoin si nous voyageons dans un pays étranger.

  • Pouvoir découvrir une ville, une nouvelle région ou un pays en prenant le temps. Cela permet de visiter à notre rythme sans se dire qu’il faut tout voir en une semaine, comme cela peut être le cas quand on part en vacances sur une courte période. En étant nomade digitale, on découvre vraiment les avantages du slow travel.

  • Notre fille est heureuse et épanouie. Elle ne semble pas perturbée par nos changements de logement réguliers ni par les voyages. Elle s’adapte très bien, du moment qu’elle a ses parents, ses doudous et ses jouets, elle est contente. Et ça c’est important!

  • Découvrir de nouvelles cultures, de nouvelles saveurs, apprendre une nouvelle langue. J’apprends d’ailleurs le portugais en ce moment et c’est très enrichissant. Finalement, le statut de nomade digital nous permet de profiter de la vie à l’étranger sans la pression de se dire que nous ne pouvons pas rentrer ou que nous sommes bloqués quelque part.

  • S’émerveiller des paysages que nous avons eu la chance de découvrir ces derniers mois, que ce soit les couchers de soleil idylliques au Salvador, la nature sauvage de la côte texane ou les sites archéologiques mayas en plein cœur de la jungle.

  • Savoir voyager léger. Et oui, le nomade digital se doit d’être minimaliste. J’ai appris à le faire, parfois à mon grand regret car j’aimerais avoir un peu plus de vêtements à me mettre. Cela peut aussi être un casse-tête suivant les saisons. En ce moment, nous voyageons avec deux valises, deux sacs à dos et un siège automobile pour notre fille.

  • Le bon moment pour partir avec notre enfant. Le fait d’avoir commencé ce mode de vie lorsque notre fille avait un peu plus d’un an a aussi joué dans notre décision. Je ne me serais pas vue faire cette expérience avec un nourrisson. J’avais besoin d’un cocon pour accueillir notre fille et je ne me serais pas sentie à l’aise de voyager autant les premiers mois. Surtout qu’au tout début, il y a beaucoup de rendez-vous médicaux et de vaccins à faire pour les bébés. Je ne me voyais pas chercher un nouveau pédiatre tous les deux mois !



Points négatifs :


  • Quitter nos amis californiens. En étant expatriés, vous le savez peut-être, il est important d’avoir un cercle d’amis car la famille est loin et c’est un second déchirement de les quitter. En ce moment, il est difficile de rencontrer de nouvelles personnes, de tisser des liens et d’avoir une vie sociale.

  • Trouver un pédiatre pour notre fille et donc faire nos suivis médicaux. Cela demande des recherches pour trouver un médecin et surtout une bonne logistique pour faire fonctionner les dates. En particulier aux États-Unis où les assurances sont un vrai casse-tête. Beaucoup de nomades digitaux reviennent d’ailleurs régulièrement en France pour s’occuper de leurs rendez-vous médicaux.

  • Le “travel burn-out”. Et oui, ça existe, en France on appelle ça la “fatigue de voyage”. Je le ressens tout-à-fait et ça devient difficile de changer de lieu tous les un ou deux mois. Rester trois mois ou plus serait une bonne alternative dans notre cas. Cela permettrait de prendre encore plus de petites habitudes sur place et de se poser vraiment.

  • Comme j’en parlais dans les points positifs, être minimaliste peut être pesant, dans mon cas tout du moins. Ce n’est pas le cas de mon mari par exemple.

  • Si c’était à refaire et que nous n’avions pas changé notre mode de vie en cours de route, nous n’aurions pas déménagé autant d’affaires et de meubles ! Nous avons à présent un garde-meuble à Austin et nous avons dû faire du tri lorsque nous avons reçu les deux containers au Texas. Je vous conseille donc de vous organiser et de décider en amont ce que vous souhaitez garder et ce dont vous pouvez vous séparer, vous gagnerez du temps et de l’énergie sur le long terme.


Et pour la suite alors ?


Comme je le mentionnais plus tôt, nous sommes arrivés au Portugal il y a quelques jours. Nous prenons la température du pays pour savoir si nous aimerions poser nos valises ici quelque temps. Pour être honnête, la question cache un problème plus profond car si nous décidons de rester ici, cela implique de renoncer à nos Green cards - notre sésame pour travailler aux États-Unis. Au bout de six mois en dehors des États-Unis, nous perdrons nos droits en tant que résident permanent. Ce n’est pas une décision facile à prendre et nous n’avons pas des mois pour nous décider... Comme quoi, être nomade digital n’est pas juste un rêve, cela comporte aussi son lot de décisions difficiles à prendre.


Je ne serais pas contre me poser quelques mois pour recharger les batteries, quitte à repartir ensuite.

À voir ce que l’avenir nous réserve et dans quels pays nous évoluerons !


Et vous, vous êtes digital nomade ? Faites-nous part de vos avantages préférés ou des difficultés que vous avez pu rencontrer en commentaires ci-dessous.


Article écrit par Tiphaine, auteure du blog A Frenchy Smile (https://afrenchyincali.fr) commencé au début de notre expatriation en Californie.

@tiphaine_frenchy_smile