• clemenceautifany

Le Royaume-Uni quitte Erasmus+ : quel avenir pour la mobilité étudiante européano-britannique ?

Le programme Erasmus, créé en 1987, a permis à ce jour à plus de 10 millions de personnes de profiter d’opportunités européennes et même mondiales. Au total, ce sont 202 pays qui participent à ce programme très connu pour la mobilité étudiante. Nombreuses sont les histoires de couples d’expats qui commencent lors d’un séjour Erasmus ! Entre soirées étudiantes et échanges culturels, des liens très forts se créent souvent. En décembre 2020, Boris Johnson annonçait la sortie du Royaume-Uni de ce programme, au grand désarroi de nombreux étudiants, des deux côtés de la Manche.



La fin du programme Erasmus au Royaume-Uni et la naissance du programme Turing


Après avoir un temps promis de rester au sein du programme Erasmus, le premier ministre britannique, Boris Johnson, a fait volte face en décembre 2020 justifiant son choix par le coût trop élevé de ce programme pour le Royaume-Uni.


À la place, Boris Johnson propose un nouveau programme, nommé Turing, en hommage à ce grand mathématicien, dont les travaux forment les fondements de l’informatique. À la présentation de ce programme, les détracteurs n’ont pas tardé à se faire entendre et la polémique est rapidement arrivée. Beaucoup le présentent comme moins avantageux pour les étudiants britanniques tout d’abord.

Les frais de subsistance sont moindres (570€ contre 736€ avec Erasmus+), les frais de scolarité ne sont pas pris en charge alors qu’ils sont gratuits dans le cadre d’Erasmus+ et la prise en charge des frais de voyage disparaît (1520€ avec Erasmus+). Il apparaît clairement que les étudiants britanniques seront désavantagés par ce changement. Boris Johnson défend néanmoins son programme en promettant que les étudiants les moins aisés seront aidés et n’auront pas de frais à supporter.


Il est intéressant de noter également qu’aucune réciprocité n’est offerte aux étudiants européens dans ce programme. Alors qu’Erasmus+ prévoit des aides financières pour les étudiants venant au Royaume-Uni, le programme Turing n’en prévoit aucune. Ainsi, les étudiants européens souhaitant faire une année dans une université britannique devront financer les frais de scolarité (de plusieurs milliers d’euros) et tous les frais annexes.






Le Royaume-Uni a décliné l’offre de l’Union Européenne


Il a été proposé au Royaume-Uni de rester dans le programme en contribuant économiquement à celui-ci comme le font actuellement certains pays non-membre de l’UE tels que l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège, la Turquie, la Macédoine du Nord ou encore la Serbie. Cette option a été refusée par Londres, jugée trop coûteuse.


Le programme Turing est défendu par le gouvernement britannique comme offrant de nouvelles opportunités aux étudiants britanniques puisqu’il est ouvert au monde entier, contrairement à Erasmus+ uniquement européen. Ce qui n’est pas vrai, puisque comme je l’ai expliqué plus haut, Erasmus+ regroupe 202 pays.


Certaines voix dénoncent le but commercial de ce nouveau programme. Selon certains, le programme Turing va peu à peu délaisser les pays d’Europe pour favoriser les échanges avec l’Australie et les Etats-Unis. Seul l’avenir pourra donner raison à l’une ou l’autre des parties, mais aujourd’hui, ce sont les étudiants qui sont les plus pénalisés par ces combats politiques.



Les nations contre-attaquent


L’Ecosse souhaite rester dans le programme Erasmus mais la commission européenne en a décidé autrement


Dès l’annonce de Boris Johnson, l’Ecosse a fait savoir qu’elle souhaitait rester dans le programme Erasmus+ et ce sont quelques 140 députés européens qui se sont alliés pour écrire une lettre à la présidente de la commission européenne, Ursula Von Der Leyen.


Hélas, cette dernière a fermé la porte à une participation de l’Ecosse au programme Erasmus+, expliquant que l’Ecosse est une nation du Royaume-Uni et qu’en tant que telle, elle ne peut adhérer seule à ce programme. Des discussions entre la commissaire européenne pour l’innovation, la recherche, la culture, l’éducation et la jeunesse et le ministre de l’éducation universitaire écossais sont en cours pour une alternative.



Le Pays de Galles lance son propre programme


Déçu par le programme Turing et afin de pallier ses lacunes, le Pays de Galles travaille actuellement sur son propre programme. Le gouvernement gallois a annoncé investir 65 millions de livres pour garantir la continuité des échanges bi-latéraux entre l’UE et le Pays de Galles. Si ce programme voit le jour, cela pourrait être un bel espoir pour les étudiants européens, gallois et même écossais. En suivant cet exemple, l’Ecosse pourrait certainement trouver un terrain d'entente avec l’Union Européenne.



L’Irlande du Nord une nouvelle fois favorisée


Profitant une nouvelle fois de son statut particulier, entre Royaume-Uni et Union Européenne, l’Irlande du Nord continue de faire partie du programme Erasmus+ grâce à un accord avec le gouvernement irlandais.

Ce dernier a annoncé qu’il souhaitait continuer à donner des opportunités européennes aux jeunes d'Irlande du Nord. Il prendra ainsi en charge 2.1 millions d’euros par an pour maintenir le programme sur l’ensemble des deux territoires.


Chaque nation adopte une stratégie différente, mais ce qui est certain, c’est qu’aucune ne souhaite couper les ponts avec l’Union Européenne. La fracture se dessine encore un peu plus au Royaume-Uni, sous couvert de mobilité européenne, ce sont de nombreux enjeux politiques qui se jouent.




photo du Royaume-Uni séparé de l'Union Européenne
Photo libre de droit - Canva

Mais finalement, qu’est-ce qu’Erasmus+ ?


Le programme Erasmus+ vise à soutenir des actions dans le domaine de l’enseignement, de la formation, de la jeunesse et du sport. Bien au-delà d’un simple programme destiné aux étudiants donc, le programme soutient financièrement un grand nombre d’actions dans les domaines précédemment cités.



Erasmus+ offre la possibilité de faire une expérience à l’étranger pour développer ses compétences et son employabilité. Pour bénéficier d’une mobilité ou d’un partenariat Erasmus +, il suffit d’être inscrit dans un établissement d’éducation ou de formation. Erasmus + bénéficie à des élèves d’écoles primaires, collèges, lycées, CFA, universités et grandes écoles, mais aussi aux inscrits à Pôle emploi et aux missions locales, associations et organismes de formation continue.


Le programme Erasmus+ rassemble tous les programmes de mobilité européenne qui portent chacuns un nom différent :



L’objectif de l’Union Européenne en lançant Erasmus, il y a 34 ans, était de “faire des Européens”. En favorisant la mobilité et les échanges, on favorise l’ouverture d’esprit et la tolérance. La décision du gouvernement britannique de sortir de ce programme a provoqué une vive émotion des deux côtés de la Manche. Cependant, la présidente de la Commission européenne a déclaré que la Commission resterait ouverte et prête à négocier si le Royaume-Uni souhaitait revoir sa position. Il ne reste plus qu’à attendre et espérer.


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Article écrit par Tifany, ex-expat au UK je partage mon expérience sur mon blog TwentyFirst-Three

Et pour suivre mes nouvelles aventures au Mexique, tu peux me retrouver sur Instagram @tifanyclm