• Steve Blumstein

Le voyage exploratoire : un avant-goût de ton expatriation

Se projeter : voilà l’un des plus grands défis d’une expatriation. Difficile de tout maîtriser, de savoir si tu fais le bon choix, que ce soit en termes de région, de pays, d’activité ou d’environnement.

Voilà pourquoi, dans ce long cheminement fait de réflexions et de décisions, le voyage exploratoire entre en jeu.

Pour notre part, le Canada était une évidence : une culture intéressante, un environnement attirant, des saisons marquées et une approche américaine qui (sous certains angles) peut s’avérer bénéfique. D’autant plus la province du Québec, pour des raisons plus « pratiques », comme la francophonie.



L’intérêt d’un voyage exploratoire “pré expatriation”

1. Confirmer ce qui t'attire dans cette partie du monde


Certes, il existe maintenant de nombreuses façons de voyager et d’explorer : à travers tes recherches, des stories Instagram, des échanges avec des locaux ou des expats sur place. Mais il est primordial de te faire ta propre idée. Et c’est en franchissant le cap de ce monde virtuel  que tu te feras ta propre opinion sur le cadre de vie « réel » et sur la population locale. Car, je pense que le facteur le plus important dans toutes les expériences confondues reste l’humain. Que ce soit personnellement ou professionnellement, ce sont les rapports sociaux qui détermineront en partie la réussite de ton aventure et ton sentiment d’appartenance avec cette nouvelle « communauté ». Le voyage exploratoire te permettra donc de répondre à ces quelques questions :


  • Valeurs communes ?

  • Accueil ?

  • Ouverture d’esprit ?

  • Facilité d’échanges ? D’intégration ?

  • Présence d’autres expatriés ?



Bien évidemment, si tu comptes t’installer dans une forêt au fin fond de l’Alaska en vivant de la chasse et de la pêche, cela risque de nécessiter quelques priorités bien différentes.


2. Tenter de s’imprégner de la vie locale et de s’imaginer vivre dans le pays convoité


En tant que touriste, on active souvent le « mode vacances ». Parfois, la réalité pourrait donc être tronquée. L’exercice ici consiste donc à sortir des sentiers battus, explorer, s’informer, questionner et à voir les régions et la vie quotidienne.


Cette fois-ci, on répondra donc aux questions suivantes:

  • Serais-tu capable d’y vivre ?

  • As-tu conscience de certaines difficultés ?

  • Sont-elles surmontables ?


3. Faire tomber les idées reçues


Au Canada, le froid polaire s’abat sur ses provinces et ses territoires de septembre à juin. Effectivement, au Nunavut, chez les Inuits, c’est vraiment dur ! Mais du Québec au Manitoba, en passant par la Colombie-Britannique, par exemple, l’hiver se vit vraiment très bien, à condition d’être équipé. Et l’été, quant à lui de cinq semaines, est vraiment très chaud. Je plaisante. 4 vraies saisons. Du -40°C à +40°C !

Parallèlement, nous avons tous entendu parler de l’insécurité au Mexique. Qui est sans doute vraie, dans certains endroits, mais pas forcément généralisée. Concrètement, bon nombre d’étrangers qui y vivent semblent apprécier leur cadre de vie. Un voyage exploratoire sera par conséquent le seul moyen de faire tomber ces préjugés ou de les confirmer.

À toi de te faire ta propre idée.



Quand et comment organiser son voyage exploratoire


Naturellement, chaque situation est unique. Mais idéalement, le premier voyage exploratoire devrait être réalisé en amont des démarches d’immigration.

Je tiens à préciser qu’à contrario, de nombreux exemples prouvent également que de belles expériences d’expatriation ont vu le jour alors que c’était la première fois que ses protagonistes posaient le pied sur le territoire.


Mais, si comme nous, tu souhaites voyager en amont et découvrir ton pays avant de sauter le pas, je te conseille, si c’est réalisable pour toi, de scinder ton voyage en deux parties :

  1. L’exploration et la découverte : en mode vacancier. Balades, visites, activités, etc. Bref, la définition des vacances : on profite comme si on n’allait pas forcément revenir!

  2. La prise d’information et les recherches concrètes : secteur, logements, infrastructures, écoles, etc.


Dans notre cas, nous avons eu la chance de faire deux voyages exploratoires que je vais te détailler dans la prochaine partie. Lors du second, les onze premiers jours étaient sous le signe du roadtrip pur et dur! En revanche, les trois derniers jours étaient axés sur notre futur lieu de vie : visite de la ville en question, prise de renseignements, validation des quartiers ciblés, voisinage, activités, facilité d’accès et de déplacement (achat d’un seul véhicule), confort de vie, etc.


Si tu comptes réellement venir visiter ta prochaine terre d’accueil, je te conseille de planifier un itinéraire dans les grandes lignes sans nécessairement te focaliser sur les endroits touristiques. Perds-toi dans la nature, roule au milieu de nulle part. Le but étant de voir la destination sous l’angle des locaux. Par cet intermédiaire, tu croiseras sans doute la route de personnes formidables, de lieux d’exception déjà envisagés mais aussi de petites mésaventures qui t’ouvriront sans doute les yeux sur certaines difficultés que tu n’avais absolument pas appréhendées.

Notre exemple au Québec

1. Premier voyage exploratoire : juillet 2018


Notre erreur : « trop de planification tue la planification ». J’ai voulu tout voir et tout faire. Nous venions seulement de démarrer les démarches auprès du Ministère de l’Immigration et l’excitation était à son comble.

Notre réussite : un voyage extraordinaire, enrichissant et extrêmement réconfortant. (épuisant aussi ! haha.)



L’itinéraire :

L’arrivée à Montréal. Une exploration de la Métropole sur plusieurs journées. Ses parcs, sa nature, ses maisons …. si typiques. Son centre-ville tellement américain avec ses grands immeubles et cette vie ! Cette ville est d’un dynamisme incroyable, tout en émettant un sentiment de liberté et de sérénité enivrant. À aucun moment nous ne nous sommes sentis oppressés, étouffés par ses 2 millions d’habitants.


Lieux visités :




Ensuite, nous avons pris la route à bord de notre Jeep Grand Cherokee (c’est l’Amérique !!) pour aller nous perdre en Mauricie par les petites routes. Des villages au charme fou, de la nature à perte de vue et un arrêt improvisé dans cette microbrasserie artisanale si typique : La Microbrasserie de la Nouvelle-France. Puis, nous sommes allés nous perdre pendant deux jours à l’Auberge du Lac à l’Eau Claire.


Par la suite, décollage pour la ville de Québec et ses environs. Toujours en évitant les axes principaux. J’aurais pu rouler continuellement sur ces routes où tu ne croises quasiment personne. La largeur des routes, les paysages bluffants, la nature et toujours la nature. Une vraie claque pour des Européens qui n’ont pas énormément voyagé en dehors des pays limitrophes et de quelques îles perdues au milieu de l’océan.


À voir sur le secteur de la ville de Québec :


Pour conclure ce superbe roadtrip, nous sommes retournés sur la ville de Montréal avant de retraverser l’Atlantique, des étoiles plein les yeux....


NB : je parlais justement de l’importance de communiquer avec ses enfants lors de la préparation d’une expatriation dans ce précédent article. Fait avéré. Lors de l’atterrissage de notre avion à Paris, notre fils, âgé de 9 ans nous a confié : « je rêve de vivre au Québec »..


Séquence émotions. Mission réussie !


2. Second voyage exploratoire : février 2019


À peine de retour en Alsace, lors d’une belle soirée « tartes flambées » traditionnelle à la mi-août 2018, nous racontons notre récit. Au fur et à mesure de la narration de nos aventures à notre famille et nos amis, l’ivresse du voyage me reprend. Un instant de folie et me revoilà sur Expedia à scruter les billets d’avion. Véridique. Ce soir-là, 3 billets aller-retour ont été réservés pour une immersion complète dans le grand froid canadien 7 mois plus tard. Nous ne faisons pas les choses à moitié.


Après avoir fait le tour de l’équipement indispensable pour que ce second roadtrip et s’être rendu compte du sacré budget que ça représente (sans compter la place que ça prend dans nos valises !!), nous sommes parés pour l’un de mes plus grands rêves : un roadtrip hivernal dans un « pays nordique ». La Laponie, ce sera pour plus tard.


Encore une fois, l’atterrissage s’est fait à l’aéroport international Pierre-Elliot-Trudeau de Montréal.

Pour le coup, afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs (la définition même de l’expérience), nous avions sacrément allégé le planning afin de laisser place à l’imprévu, à l’improvisation et la prolongation des moments plaisants.


Première étape : se mettre dans de bonnes conditions

Une nuit dans le prestigieux Hôtel Bonaventure, avec une baignade nocturne en rooftop dans une eau avoisinant les 30°C. Température extérieure : -15°C. Sensations garanties ! Le lendemain, nous prenons directement la route. Une tempête de neige est annoncée : 40cm vont tomber! Je trépigne d’impatience comme un enfant devant les cadeaux au pied du sapin. Sauf que nous avons 304 km à parcourir vers notre prochaine étape, soit entre 3h30 et 4h de route selon les conditions.


Deuxième étape : se couper du monde




À proprement dit, nous sommes littéralement « tombés en amour » avec le Parc de la Jacques Cartier évoqué précédemment. Nous avons donc décidé de passer 4 jours au beau milieu de la forêt, dans un chalet.

  • Aucun voisin,

  • Pas de réseau,

  • Le centre d’accueil se trouve à 6 km,

  • La nature à l’état sauvage,

  • De la neige, encore de la neige et toujours de la neige.

Ce premier réveil dans ce chalet (à 3h du matin, décalage horaire oblige) est merveilleux. Ce n’est pas moins de 50cm de neige qui sont tombés cette nuit-là. Je fais un petit feu, je me promène un peu à l’extérieur avec ma lampe frontale en inaugurant enfin mes bottes SOREL et je prépare un bon petit déjeuner. Magique.


Par la suite, se sont succédés :

  • une sortie en raquettes

  • un dîner dans une tente avec deux guides en montagne

  • des descentes en bouées

  • de nombreux feux de bois

  • de la détente, du repos


Et enfin, pour couronner le tout, j’ai vécu l’une de mes plus belles expériences jusqu’à présent chez Aventures Nord-Bec :


  • dormir dans un chalet rustique,

  • devenir musher d’un jour en faisant du chien de traineaux

  • déguster un énorme brunch québécois

  • visiter le chenil et profiter des jeunes chiots alaskans et huskies


NB : Nous avions opté pour le forfait “Étoile Filante” afin de faire la surprise à notre fils, âgé de 9 ans à ce moment-là. C’était magique !


Troisième étape : vivre le Carnaval de Québec sous la neige

Une des fêtes les plus reconnues de la Capitale Nationale est le Carnaval de Québec. Sincèrement, c’est une fête incroyable. Animations, parades, activités pour les enfants et les grands, restaurations et dégustations sur la Grande Allée Est, bref ça bouge tout le temps et partout.

Si tu souhaites le découvrir dans un superbe Airbnb, il en existe un à l’angle de l’hôtel Le Concorde : tu seras aux premières loges du défilé ! Cerise sur le gâteau, le Ciel Bistro Bar surplombe ce dernier et t’offre un brunch dans un restaurant tournant à 360° qui te permet d’admirer le Vieux-Québec, la Plaine d’Abraham et le fleuve Saint-Laurent sous tous les angles. Ça vaut le détour !


Dernière étape : découvrir la ville de Saint-Georges et confirmer notre choix d’expatriation


"Tu vis en Beauce ? Ben voyons dont !" Voilà le genre de remarque que l'on essuie de temps à autre, lorsque nous visitons la Province ... Effectivement cela peut surprendre, puisque 80% des expatriés s'installent à Québec ou Montréal. Mais aussi, car la Beauce reste méconnue de nombreux québécois. Un peu comme lorsque tu parles de la Province à certains Parisiens.


Notre choix s'est tourné vers Saint-Georges simplement car nous ne voulions pas faire comme les autres. Et aussi car on préfère la campagne à la ville en général. D'autre part, le DEC en Design d'Intérieur qu'Aline voulait suivre sur 3 ans n'était proposé qu'à Lévis (trop proche de QC), Saguenay (génial pour la nature à l'état sauvage mais trop loin de QC) et Saint-Georges, qui propose un programme bien plus poussé et technique que les autres.


Parallèlement, Saint-Georges se trouve à une heure de route de Québec, soit nous donne accès à tous les services supplémentaires dont on pourrait avoir besoin. Et surtout, le CEGEP a l'un des meilleurs taux d'employabilité et de réussite du Québec dans certaines sections. En plus, la Beauce a l'un des taux de chômage les moins élevés du Canada.


Sans compter que cette année, Saint-Georges a été nommé comme la 7eme ville où il fait le mieux vivre au Québec ! Sacrée distinction et elle ne vient pas de moi cette fois-ci. Maintenant que vous savez pourquoi nous nous sommes tournés vers cette ville...revenons-en au voyage exploratoire.


Pour découvrir Saint-Georges, nous avions pris une chambre dans un village voisin. Et pendant deux jours, nous avons sillonné les rues pour :

  • visiter tous les quartiers,

  • découvrir les restaurants, les boutiques, les commerces,

  • voir les infrastructures en place,

  • visiter le CEGEP où ma femme, Aline allait reprendre ses études,

  • parcourir la nature environnante etc.


Et ce sont ces quelques jours qui nous ont rassuré sur notre décision. Nous nous y sommes sentis bien et au retour, il n’y avait aucun doute.




Voilà le parcours qui nous a amené à notre expatriation au Québec. À travers notre expérience et cet article, je pense que tu vas pouvoir répondre à ces questions :

  • Est-ce que le voyage exploratoire peut être utile avant de s’expatrier ? Dois-je visiter mon futur pays d’expatriation avant de me lancer ?

  • De quelle manière et sous quelle forme doit-on le réaliser afin de réduire les risques de faire de mauvais choix ?


Tu comprends donc que le voyage exploratoire fait partie du cheminement de ton projet et devient parfois rassurant grâce à ses apprentissages. Je te conseille ceci : Voyage, ouvre les yeux, observe et profite. Nous, en tout cas, on ne le regrette pas.


Et même si une expatriation apporte toujours son lot d’imprévus, nos voyages exploratoires nous ont permis d’avancer en diminuant certains risques. Grâce à nos deux séjours au Canada, nous avons peaufiné notre organisation, orienté certains de nos choix, (logement, logistique etc.) et surtout validé définitivement notre décision en levant certaines appréhensions (accueil, services de proximité, environnement, retour aux études pour Aline, mon épouse, en visitant le CEGEP etc.).


Dans un voyage ce n'est pas la destination qui compte mais toujours le chemin parcouru, et les détours, surtout.”


Photographies et texte de Steve Blumstein

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