• Steve Blumstein

Ce qui pousse 40% des français à partir en famille

Dernière mise à jour : janv. 18

Expatriation-famille
Gare de Strasbourg - Alsace (France) - © Stalimapics

S'expatrier avec des enfants est sujet au débat, aux réactions et incompréhensions, tantôt légitimes, mais parfois infondées. Quand tu entends parler d’expat aujourd’hui, tu imagines un backpacker aguerri, ou encore ces jeunes étudiants qui partent au bout du monde, voire des travailleurs en mutation professionnelle tous frais payés.


Et si notre vision de cette aventure était erronée, trop fermée dans des codes et conventions d’un autre temps ? Admettons-le, une immigration peut être un pari risqué. Mais le risque se mesure et surtout, s’évalue. Inutile de se leurrer, une expatriation est une étape marquante dans la vie de tout individu, mais aujourd’hui j’ai envie de me concentrer sur son impact sur la vie d’un enfant. Qu’il soit en primaire, au collège ou au lycée, cette décision aura une répercussion unique sur son avenir. Et, c’est certain, nous recherchons tous le bonheur de nos enfants.


Les recettes miracles n'existent pas et c’est bien pour cela que le champ des possibles est infini. À l'heure où les technologies nous offrent une proximité incroyable avec le reste du monde, les enfants ne devraient pas servir d’excuse mais plutôt d’argument pour s’expatrier. L’objectif de cet article est de faire tomber les clichés et les idées reçues en vous faisant part de ma propre expérience. M'étant moi-même retrouvé confronté aux innombrables questions de mon entourage, étant passé par différents stades d’appréhension et de réjouissance, j’en suis arrivé à la conclusion que changer de pays avec son (ses) enfant(s) ne doit pas nous faire culpabiliser.


Je vais t’expliquer les différentes étapes qui te permettront de planifier sereinement une expatriation avec tes enfants afin qu’ils soient le mieux préparés à cette formidable aventure. Je partage ces conseils en me basant sur ma propre expérience avec un enfant de dix ans. De manière générale, ceux-ci s'appliquent surtout à des enfants en âge de parler et de comprendre. Ouvrons la porte du monde à nos enfants et réalisons la chance incroyable que nous leur offrons.


Quelles sont les ambitions pour des enfants expatriés ?


Une autre vision du monde qui l’entoure


La curiosité du monde qui nous entoure, les différences culturelles, la richesse de notre environnement et de cette nature impressionnante peuvent nous pousser à vouloir explorer de nouvelles choses, sans pour autant renier nos origines. Et c'est un point important à souligner. Tourner la page ne signifie pas brûler la précédente. L’attachement, les sentiments et les souvenirs restent, malgré la distance.


Offrir l’opportunité aux générations futures de découvrir ce vaste terrain de jeux est une valeur ajoutée incroyable pour leur avenir. C’est à ce moment-là que tu vas me dire : « D’accord, mais nous voyageons déjà chaque année à l’étranger avec nos enfants ». Effectivement, c’est déjà une réelle chance pour eux. Cependant, à l'inverse du voyage, l’expatriation, c’est passer du regard du touriste qui voyage avec son filtre de « vacancier » à celui de (nouveau) résident qui doit comprendre le monde qui l’entoure pour s’y intégrer et évoluer. De ce point de vue, j’imagine que certains enfants d’expats pourront développer d’autres facultés d’adaptation. Le monde que nous connaissons est en mouvement constant et le milieu du travail en plein changement. Nous devons donc tenter de les préparer au mieux.


Bénéficier d’un système éducatif différent


Education-Amerique
Le fameux bus jaune - Québec - © Stalimapics

Aujourd’hui, nous avons tous plus ou moins conscience que le système éducatif français connaît certaines limites. À ce titre, Amélie, une institutrice française arrivée à Montréal il y a quelques années, nous livre à travers ce témoignage (dans l'épisode 8), une comparaison intéressante des systèmes éducatifs français et québécois.


Tu as sans doute connu, comme moi, ce conseiller d’orientation qui te recommandait l'une ou l'autre voie, car tu étais à l’aise avec les maths, excellent(e) en français, ou doué(e) en physique. Moi personnellement, j'aurais aimé qu’on me demande plutôt ce que j’aime dans la vie : Qu’est-ce qui m’anime ? De quoi j’ai envie ? Même si je n’avais pas forcément de réponses à chacune de ces questions, cela aurait eu le mérite d’entamer une réflexion. J’ai envie d’un parcours scolaire différent, au cours duquel mon fils aura l'opportunité d’essayer, « de se planter », sans être jugé, de pouvoir se surpasser, se réorienter, réessayer et enfin réussir dans ce à quoi il aspire réellement.


En somme, ce système s'appuie sur la "culture des expériences" propre au système « anglo-saxon » (je mets des guillemets, car ce terme est utilisé au sens large). Ce concept est formidablement expliqué par Matthieu Stefani dans ce podcast inspirant, ou devrais-je dire, "sa conversation" avec Anne-Fleur. L’idée ? Stimuler chaque enfant pour l’encourager à donner le meilleur de soi-même et ainsi le préparer à faire face à l’imprévu. Agir positivement en le responsabilisant le plus tôt possible. Le raisonnement étant donc que le climat plus favorable à l’apprentissage et les moyens de plusieurs pays seront certainement un atout.


L’objectif ? Favoriser les échanges, la capacité d’adaptation, le développement des qualités humaines et agir comme un moteur de créativité.


L’apprentissage des langues


Prenons l’exemple de ma ville d’adoption, Saint-Georges, dans la région Chaudière-Appalaches au Québec. À partir de la sixième année de primaire (l’équivalent de la 6ème au collège français), vers onze ans, les élèves démarrent le programme d’anglais intensif. Concrètement, il s’agit pour eux d’avoir un programme scolaire bilingue. Peu importe le niveau et sans sélection. Une approche plutôt étonnante quand on sort du système français. Aucun test d’entrée, ouvert à tous. Avec du soutien et de l’accompagnement individualisé. Cela semble si efficace et tellement évident. Globalement, il s'agit de faire tomber les barrières de l’apprentissage d’une langue étrangère et de pallier à de multiples appréhensions (la peur du regard des autres, l’inconnu d’une nouvelle langue, le jugement...). L'immersion totale.


Notre fils, du haut de ses onze ans, va donc suivre des cours pendant un cycle de neuf jours en français et le suivant en anglais. Génial. Et ce n’est qu’un modèle parmi tant d’autres, au Québec et ailleurs dans le monde. Depuis qu’il a été initié à l’anglais, il poursuit son apprentissage à raison de quinze minutes par jour sur une application ludique, en rentrant de l'école après avoir fait sa lecture quotidienne. Et cerise sur le gâteau, il a, de son plein gré, décidé de se mettre à l’apprentissage de l’espagnol. CQFD.


J'ouvre une parenthèse en passant. Tu pourrais croire que le français pourrait suffire lorsque l’on migre dans un pays qui parle ta langue natale ou dans une région francophone, comme c’est le cas du Québec. Contrairement aux idées reçues, n’oublie pas que tes « futurs voisins » ont potentiellement plus de chance de parler anglais, espagnol, mandarin ou portugais, que français. Le bilinguisme n’est pas obligatoire, mais désormais apprécié, autant professionnellement, que d’un point de vue culturel. Autant démarrer le plus tôt possible !


Une sensibilisation à l’environnement


Il est primordial pour les générations futures de s’imprégner de la nécessité de se préoccuper de notre écosystème. Changer notre mode de consommation en ayant conscience des problématiques environnementales que nous rencontrons est essentiel. Avoir conscience qu'il existe des solutions alternatives également. Côtoyer plusieurs cultures, d’autres façons de vivre, en rencontrant et en échangeant avec une multitude de personnes d’horizons différents. Voilà le secret pour que la prochaine génération puisse se soucier de notre environnement et apporter un regard neuf sur les problématiques actuelles. L’énergie par exemple : au Québec, 97% de la production d’électricité provient de sources renouvelables tels que l'hydroélectrique.


Acquisition et développement de valeurs


Nous avons tous un bagage idéologique, acquis avec le temps, nos racines familiales et culturelles et nos expériences personnelles. Changer nos habitudes, vaincre la routine et sortir des sentiers battus contribuera à des remises en question. Généralement, la bienveillance, l’empathie et la tolérance vont de pair avec une telle expérience et ne vont qu’amplifier l’ouverture d’esprit des enfants d’expatriés. Bien sûr, ce n'est pas une généralité, mais une volonté, une ambition à court et long terme.

Les freins d’une expatriation en famille


Changer d’environnement, faire perdre leurs repères à tes enfants, déstabiliser leurs habitudes et les éloigner de leurs proches feront partie de tes inquiétudes, c’est légitime. À cela, s’ajoutent également la crainte de l’intégration, celle de l’acceptation, de choisir le bon endroit, d’avoir un niveau de vie décent, et de pouvoir offrir à ton petit bout un avenir sécurisant et prometteur. Bienvenue dans le monde de la parentalité. Si ça peut te rassurer, tu n’auras jamais aucune certitude, que ce soit en France, ou à l’étranger. La seule garantie que tu puisses avoir, quand tes enfants auront grandi, c’est d’avoir mis toutes les chances de leur côté et d’avoir fait de ton mieux (peu importe comment tu le définis) pour eux. Limitons les regrets. Et ceci m’offre une transition parfaite pour mon prochain article : la préparation. Ou comment réussir une expatriation avec ses enfants.


Photographies et texte de Steve Blumstein / www.stalimapics.com