• Tifany Clémenceau

Quel avenir pour les expat' français après le Brexit ?

Mis à jour : mars 29

Le Royaume-Uni est sorti définitivement de l’Union Européenne le 31 décembre 2020. Comme beaucoup d’européens, j’ai eu le cœur brisé. Installée à Londres depuis 2 ans, j’ai adoré vivre dans ce pays qui offre (offrait) de nombreux avantages. À l’heure où j’écris ces lignes, je suis en train de faire mes valises pour quitter définitivement la belle Angleterre.


Depuis 2016, un très grand nombre d’expatriés français ont fait de même. Je décrypte dans cet article les raisons de ce phénomène. Je fais également le point : est-il toujours possible de venir s’installer au Royaume-Uni après le Brexit ?


Le Brexit, petit point histoire

Petit récap' si vous n’avez pas tout suivi, et je vous pardonne car l’histoire est digne du scénario d’une série Netflix !

Le référendum a eu lieu le 23 juin 2016. Je me rappelle assez bien ce jour-là. Je me suis couchée me disant qu’il était impossible que le Brexit l’emporte. Née en 1990, j’ai toujours connu l’Union Européenne. Je suis française mais aussi européenne. Et pour en avoir discuté avec des Anglais, je sais que ce sentiment était aussi partagé outre-manche. Seulement voilà, au réveil le 24 juin 2016, la stupeur. Le Brexit l’a emporté par 52%. Une partie du peuple britannique a parlé et il ne veut plus de nous.

La suite on la connaît : des négociations qui auront duré 4 ans et demi. Au soir du 31 décembre de l’année 2020 (la fameuse !), le divorce entre le Royaume-Uni et l’Union Européenne est officiel et définitif. 💔



Quel ressenti pour les expatriés européens suite au Brexit ?

Alors si vous avez bien suivi mon introduction et fait un petit calcul de date, vous avez bien compris que je me suis installée en Angleterre après ce référendum. J’ai posé mes valises à Londres le 21 mars 2019. En toute connaissance de cause, car à cette époque, le Brexit devait avoir lieu le 31 mars. J’ai même calculé cette date volontairement pour être sur le territoire avant. Les termes du divorce étaient tellement flous que je me disais que j’avais mes chances de vivre mon expérience. Et j’ai eu raison ! J’ai vécu à Londres presque deux ans sans aucun changement. J’ai pu profiter pleinement (Covid mise à part) de l’Angleterre et de ses nombreux avantages : la vie festive, un accès facile à la culture, une grande diversité des rencontres, et la facilité de voyager à travers l’Angleterre. Seulement, je dois bien avouer que j’arrive au bout et bien que mon départ ne soit pas lié directement au Brexit, je suis bien heureuse de partir.



Photo libre de droit, Canva



1. Un exode massif des immigrés


Je suis loin d’être un cas isolé. Nombreux sont les français à être arrivés jusqu’au dernier moment. Mais bien plus nombreux sont les européens à avoir quitté le territoire depuis ce fameux 23 juin 2016. Une récente étude de l’institut britannique Economic Statistics Centre of Excellence montre qu’entre septembre 2019 et septembre 2020, la population britannique a baissé de 1.3 million de personnes. Un chiffre conséquent, que les médias qualifient même d’exode.

Selon cette étude, c'est surtout la crise sanitaire qui a précipité ces départs. En effet, les secteurs les plus touchés par le chômage sont la restauration, l’hôtellerie et le tourisme. Des secteurs dans lesquels travaillent en majorité des immigrés. Plutôt que de choisir le chômage dans un pays où le coût de la vie est très élevé, ils ont préféré rentrer dans leur pays.


De mon point de vue, cet exode n’est pas seulement dû à la crise Covid mais bien aussi au Brexit. A l’heure où j’écris ces lignes, le divorce est consommé depuis moins d’un mois mais déjà on ressent les effets négatifs. Premier point, les restrictions de voyages dues à la Covid pour rentrer en France venant de pays hors UE sont plus dures que si nous étions toujours membre. Mise à part la Covid, à partir du 1er octobre 2021, il faudra un passeport pour voyager au Royaume-Uni depuis la France. Cela implique quelques complications administratives.



2. Des tensions naissantes


Il faut aussi avouer que nous ne nous sentons plus les bienvenus. Les témoignages sur les groupes Facebook de français se multiplient. Parfois, ils racontent la difficulté à faire face à des britanniques qui cachent plus ou moins bien leur envie de « reprendre leurs libertés et leur souveraineté ». Parfois certains sont violents. Le racisme est de plus en plus présent, notamment envers les populations des pays d’Europe de l’Est. Quand on a connu Londres avant le Brexit, qui était vraiment la capitale du “United Colors of Benetton” et un exemple de tolérance envers son immigration, c’est un changement qui se remarque. En tant que français, on bénéficie souvent d’un statut doré. Cependant, nous restons étrangers et on nous le fait sentir plus souvent qu’avant.

Si tu es expatrié.e dans un pays hors UE, tu dois te dire « oui c’est normal, tu es étranger, tu n’es pas dans ton pays ». Mais pour moi, l’UE c’était un peu comme un grand pays. Bien que chacun ait ses différences et sa culture, on faisait partie d’un tout. Et à mon sens, ce n’est plus le cas.



3. L’émergence de l’eldorado irlandais ?

Pour toutes ces raisons mais aussi et surtout pour une opportunité professionnelle, je fais donc mes valises pour l’Irlande. Ce pays semble être le nouvel eldorado, la réponse pour tous ces futurs expatriés français cherchant une première expérience dans un pays anglophone pas trop loin de la maison. Pour rappel, l’Irlande est coupée en deux : la république d’Irlande fait partie de l’UE et l’Irlande du Nord est rattachée à la Grande-Bretagne pour former le Royaume-Uni. Le sujet du retour d’une frontière après des années de guerre civile a été au cœur des négociations du divorce.


Finalement, l’accord trouvé laisse à l’Irlande une place de choix. En effet, la frontière terrestre entre les deux Irlande n’est pas rétablie. L’Irlande du Nord reste dans le marché unique européen et dans l’union douanière. Ainsi, le commerce entre les deux pays peut continuer librement.

L’Irlande offre aussi de beaux avantages notamment fiscaux pour les entreprises. Un grand nombre de sièges sociaux de grandes entreprises mondiales s’y trouvent déjà : Apple, Amazon, Uber… Et nul doute que de grands noms de la finance vont les rejoindre rapidement car la City perd ses atouts de première place financière d’Europe.


Alors pour nous expatriés ou européens à la recherche de notre prochain pays d’accueil, l’Irlande semble bien attirante : un marché du travail moins en difficulté qu’ailleurs en Europe, un taux d’imposition attrayant, des paysages à couper le souffle, et bien sûr la langue anglaise.

Bref, si vous êtes prêts à braver le vent et le temps gris, l’Irlande devrait avoir de belles choses à vous offrir ! J’y vais en éclaireur, je vous raconterai mes premiers mois sur place si ça tente certains par ici !



Photo libre de droit, Canva

4. Faut-il oublier le Royaume-Uni pour autant ?

Oui j’en vois certains venir avec la question… Si vraiment on rêve de s’installer en Angleterre ou en Ecosse, faut-il simplement faire une croix sur son rêve ? Je crois que les nombreux témoignages que nous pouvons entendre dans French Expat le Podcast nous prouvent qu’à cœur vaillant rien d’impossible ! Nombreux sont les expatriés qui ont cru en leur rêve et ont tout mis en œuvre pour obtenir un visa dans leur pays d’accueil. Alors il ne faut pas rayer le Royaume-Uni de votre liste si vous rêvez de ce pays.


En bref, il vous faudra faire une demande de visa. Le gouvernement britannique a mis en place un système à points. Afin d’être admissible, il vous faudra réunir un total d’au moins 70 points. Parmi les critères : avoir un certain niveau d’anglais, une offre d’emploi d’une rémunération minimum de £25,600 par an ou bien justifier de qualifications d’un secteur en demande dans le pays (travailleurs dans le secteur de la santé notamment). Si vous souhaitez en savoir plus, j’ai rédigé un article détaillé sur les changements pour les expatriés français au Royaume-Uni post Brexit sur mon blog.


À titre personnel, je crois qu’un jour nous verrons l’émergence d’un PVT (Passeport Vacances Travail). Je ne peux me résoudre à croire que les relations sont totalement rompues. Mais le temps est nécessaire pour mettre en place de tels accords… Par exemple, le PVT Pérou signé en 2018, n’est entré en vigueur que ce 1er février 2021.



Tifany


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