• Inès Filali

Retour d'expatriation : comment garder le cap ?


Image par Jan Vašek de Pixabay

Le retour d’expatriation dans son propre pays est un sujet quasi-inévitable chez les expatriés. Pendant que certains choisissent de s’expatrier ad vitam aeternam, d’autres savent dès le départ qu’ils rentreront à un moment donné.


Au 1er janvier 2020, près de 1 800 000 français sont installés à l’étranger. Parmi ces français, certains sont expatriés depuis des années et ne comptent pas rentrer dans leur pays d’origine. D’autres, comme les étudiants en échange universitaire, les stagiaires ou les diplomates connaissent probablement la date de retour dans leur propre pays. Aussi redoutable qu’excitant, un retour d’expatriation peut faire naître des craintes et des questionnements. Un retour d’expatriation peut parfois même s’avérer encore plus angoissant qu’un départ à l’étranger. Notamment chez les salariés qui rentrent dans leur pays d’origine. Ce retour est généralement bien moins pris en charge par l’entreprise que le départ. C’est alors que tout un tas de questions voient le jour… Comment réussir à rattraper sa vie d’avant dans un environnement qui n’a cessé d’évoluer ? Comment ne pas se sentir déconnecté.e.s ? Que faire si l’on se met à regretter son départ ? Lorsque l’on prend la décision de s’installer dans un autre pays, nous laissons souvent derrière nous nos habitudes, notre famille, un groupe d’amis, un quartier, un travail. N’importe quel expatrié qui retourne dans son pays d’origine le dirait : la réintégration, comme l’intégration, est un réel exercice qu’il ne faut pas sous-estimer. Pour appréhender au mieux ce retour, voici quelques conseils pour vivre sereinement ce « deuil de l’expatriation ».


Entretenir un lien avec son pays d’origine, et ce avant son départ

Un nouveau départ, qui plus est, à l’étranger est une aventure humaine aussi passionnante que prenante. Trouver un logement, régler sa situation administrative, prendre ses marques dans son nouveau pays, trouver une école si on a des enfants… La liste de tâches à remplir est si vaste que l’on peut très rapidement oublier de garder contact avec nos proches. Pourtant, entretenir un lien avec son pays d’origine est primordial. Que l’on souhaite s’expatrier durablement ou momentanément ! D’ailleurs, le lien à entretenir peut aussi bien être un lien personnel que professionnel. Mettre un point d’honneur à garder un lien avec ses anciens collègues est primordial, encore plus si l’on compte rentrer. En cas de retour en France sans emploi en poche, le lien que l’on aura conservé avec ses anciens collègues peut s’avérer utile dans une recherche d’emploi. Se refaire un carnet d’adresses professionnel prend du temps, de l’énergie, autant conserver et entretenir celui que l’on possède déjà au départ ! D’un point de vue personnel, il ne va sans dire que garder un lien régulier avec sa famille et ses amis est essentiel. Essentiel mais pas forcément simple quand on doit gérer une toute nouvelle vie. Il est donc important de ne pas se mettre une grosse pression quand on ne réussit pas à garder le contact autant que l’on aimerait le faire ! La manière la plus pratique reste encore une réunion familiale via Skype ou Zoom ou toute la famille peut se retrouver une fois toutes les 2 semaines ou une fois par mois par exemple.



Anticiper au maximum son retour administratif et s’aider des ressources disponibles en ligne


Image par Pexels de Pixabay

« Administratif » … Ce mot suffit à donner des sueurs froides aux meilleurs d’entre nous. Alors quand il s’agit de s’occuper de tâches administratives au retour d’une expatriation, cela peut s’avérer encore plus compliqué. Célia a notamment raconté son retour d’expatriation dans l’épisode 51 de la saison 1. Un départ à trois, cinq belles années en Chine et deux enfants nés à Shanghai plus tard, leur famille est contrainte de rentrer en France. Célia a notamment partagé les difficultés à louer un logement en France. Les agences immobilières demandent des justificatifs souvent difficiles à réunir pour des expatriés partis depuis longtemps. Ceux partis depuis plusieurs années n’ont ni de passé locatif ni de fiches d’impôts suffisamment récentes. Je recommande fortement aux personnes qui ont la chance d’être propriétaires, de conserver leur maison ou leur appartement, pour éviter toute mauvaise surprise au retour. Dans la même lignée, Célia préconise de demander, avant le grand retour, des actes de naissances traduits au consulat français dans le cas où un enfant serait né à l’étranger. Cela s’avère essentiel pour éviter que l’enfant ne soit pas couvert par la sécurité sociale une fois arrivé en France. Je vous conseille également de visiter l’onglet « Je reviens en France » du site service public, qui est une vraie mine d’or en la matière. On y trouve des conseils, aussi bien de l’ordre de l’administratif que du professionnel ou du personnel. Dans la même ligne, Anne-Laure Fréant, ex-expat et fondatrice du site Retour en France a participé à la mise en place du simulateur officiel destiné aux ex-expats. Ce simulateur joue un vrai rôle de conseiller personnel en vous donnant un calendrier des démarches à effectuer ainsi qu’une liste des documents et pièces justificatives à réunir.


Expliquer la situation à ses enfants

Vous l’aurez compris, ce conseil s’adresse aux parents : lorsque l’enfant est en âge de comprendre ce qui lui arrive, il est important de bien lui annoncer le retour. Célia a bien pris le temps d’expliquer la situation à ses enfants. Par chance, ses enfants ont associé le retour en France comme une opportunité d’être plus proches de leurs grands-parents. De plus, ses enfants n’avaient jamais vraiment grandi en France. Dans ce cas-là, un « retour » en France peut être perçu comme étant une nouvelle aventure ! Bien souvent, les enfants expatriés associent leur pays d’origine avec le “retour au bercail” pendant les grandes vacances d’été ou de Noël : Le bien-vivre, les activités en famille, avec les amis et les proches aux petits soins etc. Néanmoins, ce prisme des vacances est souvent vecteur de fausses attentes. Il est donc essentiel que les parents soient clairs : un retour d’expatriation n’a rien à voir avec un mois de vacances. Célia en parle très bien lorsqu’elle évoque le fameux « choc culturel inversé ». S’installer dans un pays étranger implique l’apprentissage d’une nouvelle langue, d’une nouvelle culture et d’un nouvel environnement. Cette étape est une étape clé mais souvent éprouvante ! En revanche, revenir dans son pays d’accueil peut constituer une plus grande épreuve que de le quitter. Notre pays d’origine continue à évoluer pendant que l’on est à l’étranger et un gros décalage peut se créer. Il est donc essentiel d’être le plus clair possible avec les enfants et d’être à l’écoute lors de cette phase. Le but est d’éviter toute désillusion de la part des enfants.

S’entourer un maximum et prendre son temps

On l’a compris, un retour d’expatriation peut être bouleversant. Pour éviter de rendre cette étape encore plus complexe, entourez-vous de vos amis et prenez votre temps. Parfois, un retour d’expatriation peut avoir lieu, malheureusement, à cause de la maladie ou du décès d’un proche. Catherine , qui a aussi partagé son expérience lors du hors série sur le retour d’expatriation, a été contrainte de quitter le Canada prématurément quand l’un de ses enfants est tombé gravement malade. Dans le cas où comme Catherine, votre retour est lié à un évènement familial malheureux, il est important de se rattacher à un élément positif. Pour Catherine, ce retour d’expatriation est un déclencheur qui lui a fait réaliser à quel point il était important pour elle de rester proche géographiquement « du centre de vie familial de ses enfants ». Autre conseil pour s’entourer, si une fois rentré dans notre pays d’origine, un sentiment de nostalgie vous envahit, pourquoi ne pas se rapprocher d’ex-expats ? Il existe une multitude de groupes (notamment Ex-expatriés de retour en France – Emploi & Networking) sur Facebook dédiés à mettre en contact des ex-expats. Échanger des conseils, des anecdotes, partager ses craintes… En parler avec une personne qui traverse la même étape que nous, avec son lot de difficultés, aide à maintenir le cap.

Avoir des projets

Un retour d’expatriation est loin d’être aisé, aussi bien logistiquement qu’émotionnellement, surtout si ce retour est directement lié à une contrainte, comme dans le cas de Déborah. Déborah, bloggeuse sur www.seayousoon.com, et sa famille ont été contraints de quitter Palm Springs quand les conséquences de la Covid-19 se sont envenimées. Depuis sa Belgique natale, sa famille et elle n’ont qu’une hâte : revenir en Californie, à Palm Springs. Cela n’étant pas forcément réalisable immédiatement, la meilleure chose qui reste à faire est se projeter. Quand les étoiles ne sont pas alignées à un moment donné, avoir des projets peut s’avérer être d’une grande aide pour garder le cap. Cela peut se matérialiser par la création d’un blog ou une ouverture d’une chaîne YouTube dédiée au retour d’expatriation et au partage de conseils. Ou encore, un retour d’expatriation peut être l’occasion d’en préparer une nouvelle ! L’expérience vécue lors d’une première expatriation sera d’une grande aide dans la préparation d’une autre. Lancez-vous dans des recherches sur un nouveau pays, ça donne souvent du baume au cœur.


Si un retour d’expatriation peut être un choix heureux, il n’en reste pas moins une étape importante dans la vie d’un expatrié. Pour creuser un peu plus ce sujet de retour d’expatriation, nous vous conseillons d’écouter l’épisode 16 de la saison 2 dans lequel Déborah raconte son départ soudain de NYC en plein pandémie. Qu’il soit désiré ou non-désiré, il n’aura donc rien d’anodin. Pour démystifier ce retour tant redouté, la clé est de l’anticiper au maximum, aussi bien professionnellement que personnellement. Si vous êtes sur le point de vivre un retour d’expatriation, n’hésitez pas à venir nous en parler ici sur le blog. Si vous avez vécu un retour récemment et que vous souhaitez aider d’autres personnes dans leurs doutes, nous serions ravis de vous mettre en relation avec des futurs ex-expats également. Et sinon, on vous assure que tout va bien se passer !


Sources :

https://www.expatsparents.fr/blog/26/le-retour-en-france-des-enfants-expatries

https://lepetitjournal.com/expat-pratique/retour-en-france/billet-le-choc-culturel-inverse-le-tabou-des-expatries-francais-25166#:~:text=Le%20choc%20culturel%20invers%C3%A9%20est,soi%2Dm%C3%AAme%20dans%20ses%20convictions.

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Inès Filali

@lapausebougeotte

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