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Should I go again ? Repartir à l’étranger après un retour en France



Si grâce aux listes consulaires on arrive à se faire une idée du nombre de français qui vivent à l’étranger et qui rentrent au pays, il devient plus compliqué de tracer ceux qui repartent ailleurs. Comment connaître le pourcentage de néophytes et de récidivistes de l’expatriation ?


En effet, environ 17% des expatriés, soit seulement 1 français de l’étranger sur 5, déclarent ne jamais vouloir rentrer dans l’Hexagone. Autrement dit, les 4 autres vont vraisemblablement passer de nouveau par la case France que ce soit pour raison professionnelle ou personnelle. Mais ce que l’histoire ne dit pas, ou ce que les chiffres ne voient pas, c’est, sur les 4, combien repartent dans un nouveau pays ou dans leur pays d’expatriation précédent ?


Crédits : © Quintin Gellar pour Pexels (image libre de droits)



Il n’est pas rare que l’envie d’expatriation soit comme un petit virus de la bougeotte, et nous sommes plusieurs à l’avoir déjà vécu, que ce soit Astrid du blog FringinTo, repartie à Toronto après un retour d’environ 2 ans en France, Anne-Fleur qui a vécu en France avant de retourner aux USA avec son mari ou bien Kenza de Cups of English Tea. Ce phénomène a d’ailleurs son propre nom, les “serial expats”.


Certains le savent même avant de poser un orteil sur le sol français : “On repartira peut-être ailleurs”. C’est ce que dit Marion au micro d’Anne-Fleur dans le premier épisode de la série “Should I stay or should I go ?”. C’est aussi ce que j’ai dit à Monsieur lorsqu’on a embarqué pour notre périple, et c’est également l’objectif d’Inès, de La Pause Bougeotte, fellow blogueuse pour FELP.


“Retour en France” a réalisé une étude en 2019 pour mieux cerner les profils des “rentrants”, et commence à questionner le cas de ceux qui repartent. Ils y découvrent que plus de 60% des personnes qui rentrent en France pensent repartir à l’étranger dans le futur. Mais on ne sait toujours pas combien mettent cette pensée à exécution.


Malgré ce cruel manque de données, nous vous proposons d’explorer les réponses aux grandes questions que soulèvent un nouveau départ de France pour une nouvelle expatriation : pourquoi, comment et quand ?


1. “Pourquoi ?” Les raisons d’un nouveau départ


A - Ne pas réussir et/ou ne pas avoir envie de se réintégrer en France


Le retour en France est souvent la partie la plus difficile d’une expatriation, si celle-ci dure plus d’un an ou deux. Beaucoup d’articles traitent le sujet et je vous en ai fait une petite sélection à la fin de celui-ci. Le retour peut s’apparenter à une toute nouvelle expatriation et la difficulté réside dans le fait que l’on ne s’attend pas forcément à faire face à tant de difficultés. Le retour en France peut être synonyme de décalage complet avec les codes français, ce dont nous parle Kat dans son article sur “Le décalage du retour de l’expatrié”. Il faut tout réapprendre, aussi bien les mœurs que les méandres administratifs. Inès nous donne d’ailleurs quelques clés pour faire face à tout cela dans son article “Retour d’expatriation : comment garder le cap ?”.


Et parfois, on n’a tout simplement pas envie de réapprendre ces choses-là. Pourquoi ? Et bien, car elles sont peut-être en décalage avec nos valeurs d’aujourd’hui, qui ont évolué en même temps que notre esprit s’est ouvert à l’étranger. Peut-être aussi que l’on aime la personne que l’on est à l’instant T, et que se réintégrer nous donne l’impression de redevenir une version de nous-même que nous aimons moins. Personnellement, depuis que je suis en France, je réalise que je râle et ragote un peu plus qu’à Montréal. Mais lorsque je me surprends à penser certaines choses ou à avoir des attitudes que je n’avais pas de l’autre côté de l’Atlantique, j’arrive à me recadrer et à agir de façon plus alignée.


Garder des valeurs et des mentalités qui ne vont pas dans le même courant que la majorité de ses compatriotes est presque un acte de rébellion, et cela peut être épuisant.


B - Être curieux d’un nouveau pays


Le virus de la bougeotte, le vrai ! C’est une soif de découverte, une ouverture sur le monde, une envie profonde d’être un.e sérial-expat sans forcément mettre les mots dessus, ou encore le syndrome du super-héros peut-être ? En effet, lorsque l’on part vivre à l’étranger, on casse une routine ou un destin tout tracé, on n’a plus la vie de Monsieur Tout-le-monde et certains peuvent même nous admirer pour le courage qu’on a eu de tout quitter. A contrario, rentrer en France peut être vécu comme un échec, car on perd ce qui nous différencie et nous confère ce statut et cette reconnaissance dans les yeux des autres et dans les nôtres. Ce thème est d’ailleurs abordé dans l’épisode 2 de la série Should I stay or should I go ?.


Tant de raisons qui peuvent vous donner envie de découvrir un autre endroit et de vivre une nouvelle expérience. Car si certains sont heureux avec quelques années d’expatriation, sentant que leur soif d’aventure a été tarie, pour d'autres, le besoin d’explorer et de découvrir ne s’arrête jamais.


C - Se rendre compte que là où on était, c’est là où on a envie de s’ancrer pour de bon


C’est bien connu, il faut parfois perdre quelque chose ou quelqu’un pour se rendre compte que c’était ce dont on avait besoin. Un pays, c’est pareil. Parfois, on est tellement coincé dans son quotidien qu’on pense que la seule solution, c’est de tout quitter, que rien ne va plus là où l’on est, que l’herbe est plus verte ailleurs … Et parfois, cette décision radicale nous permet de nous rendre compte que non, ce n’était pas forcément Montréal le problème, mais peut-être juste notre job ! (true story).


D - On n’est pas seul à prendre la décision


En couple, cette décision est plus compliquée puisqu’elle doit se prendre à deux, et qu’il faut alors composer avec les envies et les ressentis de chacun. Et a fortiori dans le cas des couples bi-nationaux, où l’un des conjoints est en expatriation et l’autre en impatriation, il peut se créer un déséquilibre sur la façon dont les choses sont vécues, amenant peut-être à un nouveau changement, soit dans le pays de l’autre, soit dans un pays neutre. Pour faire écho à cette raison, je vous laisse lire l’article de Fanny sur le sujet de la question du retour en France pour les couples bi-nationaux.


Crédits : © Karolina Grabowska pour Pexels (image libre de droits)


2. “Comment ?” Les démarches administratives


Les démarches administratives seront propres à chaque cas, à chaque personne et à chaque pays. Pour ma part, j’ai fait ma demande de résidence permanente en tant qu’épouse de canadien et j’ai jusqu’au 22 mai prochain pour l’activer, sous peine de devoir tout recommencer. De son côté, Inès attend son visa d’épouse pour les USA, elle a d’ailleurs écrit un article très détaillé sur la jungle des visas américains.


Globalement, un ex-expatrié sait déjà plus ou moins naviguer à travers les démarches administratives. Et même si personne n’aime foncièrement cela, ce ne sera pas forcément très difficile tant que vous savez où trouver l’information.


La différence, cette fois, résidera peut-être dans la préparation de votre expatriation. Si vous êtes partis en tant qu’étudiant ou pvtiste*, les démarches étaient simplifiées au début. Si vous avez prolongé vos expériences, vous avez dû sillonner les méandres administratifs, mais souvent, vous vous êtes tout de même jeté tête baissée dans le grand bain de l’expatriation, sans vraiment regarder le marché du travail sur place, les logements, etc... Alors maintenant, vous avez le temps de rêver à votre nouveau projet et de le préparer aux petits oignons - sauf si ce n’est pas du tout votre genre !


Petit point spécial Covid-19 : à l’heure où j’écris ces lignes, peu de pays sont complètement fermés, et il est donc de nouveau possible de partir en expatriation. Cependant, il faut bien vérifier sur le site de chaque gouvernement si la France est en liste verte, orange ou rouge (ou une échelle équivalente propre au pays concerné) pour connaître les règles à respecter à l’entrée sur le territoire (quarantaine ou non, nuits d’hôtel obligatoires, test PCR …). Il y a aussi des moyens détournés d’entrer sur un territoire ou un autre (offrez -vous deux semaines de vacances au Mexique, et vous pourrez aller aux Etats-Unis, comme nous le suggère Béatrice dans l’épisode 2 de la série Should I stay or should I go ? !).


Crédits : Gustavo Fring pour Pexels (image libre de droits)


3. “Quand ?” La question du timing


Repartir tout de suite ? Après 1 an ? Après plus de 2 ans ? Comme pour les démarches, chaque cas, chaque personne, chaque pays est différent, et parfois on ne maîtrise pas ce fameux timing.


A - Lorsqu’on ne maîtrise pas le timing


La situation la plus commune est lorsque votre visa est terminé et que vous devez en attendre un nouveau. Dans ce cas-là, il vaut mieux prendre son mal en patience en s’occupant l’esprit : en travaillant, en menant à bien des projets personnels qui nous tiennent à cœur, en rendant visite à amis et famille, en voyageant à proximité pour étancher notre soif de découvertes et de nouveaux horizons.


Il faut surtout éviter de traîner en pyjama toute la journée pendant des lustres. On ne juge pas, c’est plutôt pour la simple et bonne raison que l’attente peut être très longue surtout en ce moment avec les administrations de tous les pays ayant été ralenties par les confinements successifs. On vous conseille donc de rester actif pour conserver une bonne estime de soi et confiance en soi.


L’autre situation la plus répandue est celle où votre visa a une date limite à respecter malgré votre vie actuelle et ses contraintes. Dans ce cas, vous devez prendre une décision plus vite que prévu ou trouver des solutions créatives. C’est un peu la nôtre, puisque nous devons valider ma résidence permanente avant le 22 mai 2022. L’avenir nous dira comment gérer cela.


B - Lorsqu’on maîtrise le timing


Par exemple, votre visa est toujours valide et/ou vous avez reçu le nouveau dans les temps que vous souhaitiez. Vous avez toutes les cartes en main pour préparer votre nouveau départ selon vos situations personnelles et professionnelles, et ainsi vous organiser au mieux !


Juste un petit point de vigilance pour ceux qui envisagent un départ rapide après le retour en France : il faut bien prendre en considération l’impatriation comme une expatriation, et garder en tête que les choses mettent du temps à se stabiliser. Votre réseau professionnel et/ou amical ne va pas se reformer en un claquement de doigts. En France, comme à l’étranger, cela prend du temps, et en théorie, on commence à se sentir comme un poisson dans l’eau dans son nouvel environnement au bout d’un an. Si vous avez cela à l’esprit, votre nouveau départ ne se fera probablement pas sur un coup de tête, et ne sera pas guidé par la peur de sortir de votre zone de confort - car oui, votre vie à l’étranger était devenue votre zone de confort ! C’est pourquoi, comme l’écrit Anne-Laure de Retour en France, il est important de bien “cerner les raisons profondes et réelles de cette envie de repartir”.



Ainsi, même rentré en France, l’ex-expatrié peut toujours ressentir cet état de transition permanent qu’évoquent Anne-Fleur et son amie Marion dans l’épisode 1 de Should I stay or should I go ?, ce qui peut l’amener très souvent à repartir vers de nouveaux horizons. Nous devrons sûrement attendre encore quelques années avant de pouvoir quantifier le nombre de personnes concernées. Et vous, êtes-vous rentrés ? Pensez-vous repartir un jour ? Avez-vous trouvé la réponse à vos questions comme Anne-Fleur dans le dernier épisode de la série Should I stay or should I go ? ? Dites-nous tout !



Margaux

@cagettedevoyages

cagette-de-voyages.com



Ressources :


Vocabulaire :


*pvtiste = détenteur d’un Permis Vacances Travail, programme d’accord entre la France et différents pays à travers le monde (voir pvtistes.net pour plus d’information).


(Ré)Écoutez les pérégrinations des invités de French Expat Le Podcast qui sont repartis après un retour en France :


Astrid (Canada)

Chloé (Australie, Bali, Mexique)

Fanny (USA, Espagne, Mexique)

Marie-Pierre (Belgique, USA, Allemagne)

Anne-Fleur (USA)


Repartir ailleurs :


https://www.assur-travel.fr/5-raisons-pour-repartir-apres-une-premiere-expatriation/

https://retourenfrance.fr/project/repartir-2/


Rentrer en France :


https://www.courrierinternational.com/article/temoignages-le-retour-en-france-un-cap-difficile-pour-les-expats

https://www.latribune.fr/economie/france/le-retour-loin-d-etre-une-fin-en-soi-une-expatriation-a-l-envers-1-5-746705.html

https://www.latribune.fr/economie/france/retour-en-france-les-anciens-expatries-livrent-leurs-conseils-3-5-746723.html

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/francais-du-monde/francais-du-monde-expatriation-la-galere-du-retour_2749287.html

https://cupsofenglishtea.com/rentrer-en-france-apres-expatriation/

https://lepetitjournal.com/expat-pratique/retour-en-france/retour-au-pays-rentrer-chez-soi-ou-nouvelle-expatriation-249788

https://www.welcometothejungle.com/fr/articles/difficile-retour-des-expatries

https://www.franceculture.fr/emissions/pixel/le-difficile-retour-des-expatries