• Fanny Cohen

SHOULD I STAY OR SHOULD I GO ? Le cas des couples bi-nationaux

Dernière mise à jour : août 31


Le retour en France a le vent en poupe ! Nous connaissons tous au moins un de nos couples d’amis ou un de nos amis qui s’est enfin décidé à rentrer. L’envie se faisant sentir depuis un bout de temps et la crise sanitaire n’aidant pas, beaucoup de français et francophones ont décidé de retourner en métropole pour de bon. D’ailleurs ce phénomène touche tous les expats qu’ils soient Français ou non. Histoire de se rapprocher de la famille et d’éviter de se retrouver “coincés” comme nous avons tous pu nous sentir au cours de l’année 2020 (et 2021) lorsque les frontières étaient hermétiquement fermées.


Ce questionnement sur le retour en France et le départ de son pays d’expatrié n’est pas unilatéral. Les bouleversements psychologiques de la crise expliquent probablement les nombreuses remises en question qui poussent nos compatriotes soit à rentrer soit à partir. On voit des flux de migration de tous les côtés. Les parisiens qui ont choisi l’exode pour la campagne et dont parle très bien l’excellent podcast Ciao Paris. Ceux qui partent dans un pays limitrophe où la vie est plus douce (holà l’Espagne!) et ceux qui décident carrément de partir au bout du monde (vous entendrez bientôt parler de notre blogueuse Tifany qui déménage au Mexique cette année).


Mais aujourd’hui, j’aimerais m’intéresser à ces expats en couple bi-nationaux. Ceux pour qui la décision de rentrer ou partir n’appartient pas qu’à eux. Car si se poser la question de rentrer en France pour un couple français est déjà un casse-tête (très bien expliqué dans l’article à ce sujet de Femm’expat), imaginons deux minutes ce que ça peut donner lorsque l’une des parties du couple n’appelle pas “maison” le même endroit que l’autre. Car oui, un couple bi-national est un couple dont chaque conjoint vient d’un pays différent. Par exemple, une Française et un Américain, une Péruvienne et un Australien, un Chinois et une Congolaise...


Avery Evans, Unsplash



Dans cet article, on évaluera les options qui se présentent aux expats qui veulent rentrer lorsqu’ils sont en couple bi-national. Plusieurs cas de figures existent :



CAS 1 : QUITTER UN PAYS NEUTRE POUR LE PAYS D’UN DES CONJOINTS


Lorsque l’on vit en couple dans un pays neutre, beaucoup d’avantages pointent le bout de leur nez lorsqu’il s’agit d’équilibre. En effet, un pays neutre va signifier que les deux conjoints seront plus ou moins loin de leur famille. Cela signifiera probablement aussi qu'ils devront apprendre une langue ou en parler une autre que celle qu’ils parlent depuis tout petit. Cela veut dire que le couple passe toutes les étapes de l’expatriation ensemble et que les épreuves et les joies seront appréhendées du même côté de la balance.

Cependant, vivre dans un pays neutre peut aussi présenter son lot de challenges notamment en termes de visa. J’en sais quelque chose puisque mon mari et moi sommes de deux nationalités différentes (Française/Mexicain) et avons vécu aux États-Unis. Pour se retrouver dans un pays neutre, il faudra parfois faire des démarches de visa chacun dans son propre pays. Chaque visa a sa propre durée et ses limites...Ce sont ce types de difficultés et la situation sanitaire/économique qui nous ont poussés à quitter les États-Unis. Au moment du choix de notre départ, après toutes les difficultés que nous avons rencontrées dans notre pays neutre, nous avons voulu immédiatement nous diriger vers le Mexique ou la France.


Plusieurs raisons nous ont poussés à nous lancer au Mexique :

  • Se rapprocher d’au moins une famille. Pourquoi faire souffrir les deux conjoints si on peut alléger la distance avec au moins une des familles ? Autant venir plus près et profiter des avantages d’être avec ses proches (faire garder notre chienne pour un week-end en amoureux, obtenir de l’aide dans les démarches quotidiennes et administratives, passer les dimanches ensemble, opportunités d’investissement...entre autres nombreux avantages de vivre proche de sa famille).

  • Les opportunités professionnelles. Il est beaucoup plus simple pour un expat’ au Mexique d’obtenir un visa de travail que pour un expat en France. D’autre part, en retournant dans son pays, mon mari avait déjà la garantie d’un poste dans son domaine.

  • Le climat. Je ne vous ferai pas l’affront d’en parler mais on a tous compris!

  • Un voyage moins lourd (en heures et en paperasse administrative) pour notre chienne. Seulement un vol de 4 heures et une visite chez le vétérinaire nous a suffit pour rejoindre notre ville actuelle.


Voilà donc pourquoi notre couple a choisi le Mexique versus la France. Et si vous êtes dans le même cas que nous, j’espère que ces considérations vous aideront vous aussi à choisir le pays adéquat à vos envies.


Et si nous pensons que c’était vraiment la bonne décision, rejoindre un pays non-neutre peut aussi devenir un défi car il crée un déséquilibre entre les deux conjoints.

Finalement, l’un des deux est expat' quand l’autre est “à la maison”. Il n’y a donc plus de processus d’adaptation commun. Dans ces cas-là, il faudra de la patience de la part du conjoint qui est rentré et beaucoup de volonté d’intégration pour le conjoint suiveur.




CAS 2 : QUITTER LE PAYS D’UN CONJOINT POUR CELUI DE L'AUTRE


Imaginez, cela fait dix ans que vous vivez dans le pays de votre amoureux.se, mais la crise a renforcé vos envies de retour en France (ou ailleurs). La décision de retrouver vos parents, oncles et tantes, les croissants, le saucisson, la rillette…(je m’égare) s’accentue au point que vous en parlez à votre douce moitié. Le meilleur cas de figure : “ oui mon.ma chéri.e, ça fait quelques années que nous sommes ici, ce serait bien de couper la poire en deux et de t’offrir (à toi et/ou aux enfants) des années proches de ta famille. Commençons à chercher du boulot sur place, un logement et on se lance dans une nouvelle aventure! “

Si c’est votre cas, quelle chance! Car s’expatrier dans les deux pays du couple est probablement une excellente solution lorsque les deux conjoints veulent être proches de leurs racines.



Photo par Ketut Subiyanto sur Pexels



C’est donc main dans la main une nouvelle fois que vous inversez la balance. Comme tout changement, il requiert beaucoup de préparation. Bouger sa vie bien installée depuis des années d’un endroit à un autre n’est jamais simple. Mais cette décision est une façon d’accepter que chaque conjoint a besoin de vivre dans son pays à un moment donné de sa vie. Et les épreuves se vivant souvent mieux à deux, la perspective de se lancer dans un si gros projet paraît un peu moins intimidante.


Pour les couples qui ont des enfants, c’est une magnifique opportunité de leur offrir pour un pays comme pour l’autre, autant de culture, de temps avec les grands-parents, de pratique d’une langue et des traditions et valeurs. Vous l’aurez compris, je trouve que c’est LA solution parfaite. Toutefois, cela ne garantit pas une réussite. Entre tout quitter par équité et vraiment se sentir bien dans un pays autre que le sien, il y a toujours un monde.


Pour un changement de pays dans un couple bi-national avec le moins de chocs possibles, voici donc quelques conseils :

  • Chercher du travail avant d’arriver pour assurer une situation financière égale à celle que l’on quitte

  • Faire les recherches de visa (un couple marié va avoir besoin de faire une demande de visa dans le pays du conjoint avant de partir par exemple)

  • Chercher un logement qui plaira vraiment aux deux conjoints (et aux enfants!), l’école, la garderie…

  • Reconnecter avec des amis sur place pour faciliter la vie sociale et l’inclusion prochaine de sa moitié

  • Un vrai plan d’intégration pour le conjoint (activités, job, transport) pour qu’il/elle puisse se sentir à l’aise dans son nouvel environnement rapidement et ne s’isole pas. Idem pour les enfants.


Et je vous propose aussi de vous renseigner sur le site de Studyrama qui donne quelques bons conseils administratifs sur comment rentrer avec son conjoint étranger chez vous !


Mais partir en temps de crise de son pays n’est pas pour tout le monde. Et parfois même, l’un des membres du couple n’a jamais désiré s’expatrier et décidera qu’il ne souhaite pas vous suivre (ou rester dans la cas où ils ont tenté l’aventure mais ne se sentent pas bien)…



CAS 3 : RENTRER SEUL


Bon, et quand vouloir rentrer chez soi signifie qu’on doit laisser tomber son couple ? On fait quoi ?


La décision de rentrer en France devient tellement plus compliquée puisqu’elle représente un bien plus grand changement que celui déjà appréhendé. On ne parle plus seulement d’un sacré déménagement avec toute la petite famille et nos vingt-cinq valises de bibelots amassés depuis des années. On ne parle plus seulement de la galère de rouvrir ses droits avec la sécu (sujets que l’on a abordé ici) ou de se refaire des amis, d’aider son conjoint à s’intégrer et de se réhabituer aux habitudes reloues des français (oui bien sûr, on les connaît!).

Se rendre compte que son.sa compagne n’est pas prêt.e à faire les mêmes sacrifices que ceux que l’on a fait est probablement un coup dur ou au moins une déception. C’est un moment décisif qui amène à une certaine tristesse ou un mal-être. Est-ce que je reste pour sauver mon couple (et/ou ma famille) mais en étant insatisfait.e ? Ou bien est-ce que je rentre et mets donc fin à tout cela pour des raisons géographiques ?


Dans ce cas, le principal risque est d’associer son retour en France à un événement malheureux. L’un des conseils que l’on peut donc vous donner, c’est d’essayer de dissocier cette rupture au déménagement et de la raccrocher aux vraies raisons (usure du couple, manque de sacrifice et d’équité, etc).


Il n’y a donc malheureusement pas de solution miracle sauf si votre besoin de rentrer est lié à un besoin de changer complètement de vie. Alors là, il faut foncer! Car de l’autre côté, nombreuses sont les histoires sur le podcast qui prouvent que l’on peut divorcer/rompre en expatriation et rester dans son pays d’accueil. C’est le cas d’Aurélie (Australie, Colombie, Espagne) et de Julie (Alaska) pour qui les expatriations se sont faites en couple mais ne se sont pas terminées ainsi. L’expatriation peut être une vraie épreuve qui prouve au couple s’il est fait pour durer ou non.




Fanny

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