• Fanny Cohen

Suivre son conjoint en expatriation sans autorisation de travail


Photo by Ketut Subiyanto from Pexels


Dans les épisodes de French Expat le Podcast, vous avez pu suivre des profils d’expatriés plutôt variés. Parmi eux, des étudiants, des employés, des freelances ou même, des investisseurs. Certains sont célibataires mais beaucoup sont en couple. Au niveau mondial, ce sont d’ailleurs 65% des expatriés qui partent à deux et 35% en solo. Côté français, 56% s’expatrient en couple, dont les deux tiers avec enfant(s).


Ce sont donc plus de la moitié des expatriations qui se font à deux. Dans ces cas, la bi-activité est de plus en plus commune (les deux adultes travaillent) mais il demeure encore de nombreux cas de conjoints qui accompagnent leur bien-aimé(e) sans possibilité de travailler.


Traditionnellement, l’expatrié était un homme et son épouse ne travaillait pas, assumant les tâches administratives et familiales. C’était le cas notamment pour les familles dont le père est diplomate ou ingénieur. Des profils qui s’accompagnaient souvent de salaires élevés dans le pays d'accueil. Depuis quelques années, la tendance évolue. De plus en plus d’hommes suivent leurs épouses (si cela t’intéresse, lis cet article sur notre blog) et la part de français qui s’expatrient pour rejoindre leur conjoint sans visa de travail reste forte. Certains couples décident de se marier quelques mois avant l’expatriation afin que le/a conjoint/e puisse suivre l’autre. Une décision souvent rapide qui laisse peu de temps pour faire ses propres recherches d’emploi et qui ne garantit pas toujours un permis de travail une fois sur place.

Aujourd’hui, d’après une étude d’Expat Communication de 2019, le portrait robot de l’expatrié français est le suivant : une femme en majorité (même si on approche de la parité), titulaire d’un diplôme de l’enseignement supérieur de niveau Master ou Doctorat, statut cadre, “grand travailleur” avant le départ à l’étranger, expérimenté. Selon ce profil type, la gestion d’un changement de carrière drastique ou d’un abandon temporaire de ses droits de travail peut représenter un lourd challenge.


S’expatrier en couple ou rejoindre son conjoint à l’étranger est une décision qui se prend souvent à deux, pour autant, la charge mentale revient davantage à la personne qui “se sacrifie”, quitte son job, change sa carrière pour suivre l’autre. Il semblerait que pour certains conjoints, l’expatriation puisse être source de découragement mais aussi l’occasion d’une totale réinvention.


1. Gérer les obstacles émotionnellement


Et si on faisait la vie dure aux clichés? Mettre sa carrière en pause n’est jamais une fatalité. Toutefois, c’est d’ordinaire une période de remise en question qui s’avère difficile. Comme tout gros changement, l’adaptation n’est pas évidente ni naturelle et va devoir s’accompagner d’efforts.


Se remettre en question passe notamment par l’acceptation de son statut. Bien se renseigner sur ses droits en avance et s’y préparer peut permettre une transition moins brutale, et ainsi peut contribuer à mieux gérer ses émotions quant à la perte de son emploi et de son rythme habituel. Lire des blogs et des forums, écouter des podcasts (surtout French Expat le Podcast!) peut alléger la charge mentale et effacer certains doutes. L’important est de ne pas se dévaloriser et de rester informé(e).


Un bon moyen de faire face à ce nouveau rythme de vie est de mettre en place ou de garder une routine. Expatriée aux USA sous un visa H4 (sans permis de travail) a été un vrai défi pour moi. Mais de petites habitudes telles que se lever tous les matins à la même heure, aller au sport régulièrement, explorer mon quartier chaque semaine m’ont aidé à garder le cap émotionnellement. Je raconte d’ailleurs mon parcours dans l’épisode 24 de la saison 1 que tu peux écouter ici.


Souvent, établir un plan d’attaque et un objectif à atteindre permettent de rester concentré et actif et d’éviter de se sentir anéanti ou épuisé par la situation.


Arme-toi de patience, elle sera ta meilleure alliée. Notamment car l’expatriation sans travail n’est que rarement définitive. Cette situation temporaire comporte bien plus d’opportunités que de limites. L’expatriation est en effet un excellent moyen de s’oublier pour mieux se retrouver. La perte d’un emploi ie. une situation inconfortable sont fréquemment synonymes de prise de recul et de travail sur soi pour se réinventer et se recentrer sur ses besoins.


Pour finir, le manque d’égalité entre les parties du couple peut parfois être l’amorce de conflit lors d’une expatriation. Celle-ci demande des efforts colossaux tant administrativement que physiquement (déménagement, avec ou sans enfant, trouver un lieu où vivre, s’occuper des démarches administratives). Un stress qui peut rendre difficile la communication et la synchronisation des rythmes de chacun dans un couple. L’expatrié sans travail peut se sentir “au crochet” de celui qui a la possibilité de travailler ou ne pas accepter son manque d’indépendance. Des problèmes qui peuvent être à l’origine d’une séparation par la suite. Faire preuve de bienveillance dans ton couple est donc indispensable pour garder la tête froide.


2. Déculpabiliser face au changement de mentalité


Bon, tu as mis ta carrière en pause par amour. Et maintenant ?


Passer par des périodes de remise en question est plutôt constructif. Culpabiliser car on ne travaille pas n’est plus d’actualité. Car on sait désormais que ces périodes sans emploi sont une mine d’or d’opportunités. Elles sont notamment l’occasion de développer des compétences comportementales qui sont de plus en plus valorisées par les recruteurs : je nomme les Soft Skills. La majorité des entreprises françaises aujourd’hui affirment même accorder autant d’importance aux soft skills qu’aux hard skills. Pensée critique, créativité, coordination, et intelligence émotionnelle - pour n’en citer que quelques-unes - ne s’apprennent pas toujours au travail.


Laisser tomber sa carrière n’est plus aussi mal vu qu’il ne pouvait l’être il y a de ça une dizaine d’années. Justifier une pause dans sa carrière n’est donc pas aussi difficile qu’on ne le pense. Que ce soit une année sabbatique, un congé parental, un congé pour voyager autour du monde, une pause pour faire un stage intensif de code (hello les geeks 👋 vous avez bien raison !), toutes ces expériences deviennent fondamentales chez les individus équilibrés et atypiques que cherchent les recruteurs.


D’autre part, observer un pays sans être pris dans l’engrenage du métro-boulot-dodo permet d’apprécier des manques dans l’économie et/ou la culture locale et peut pousser à créer sa propre offre, with a French touch ! Ce n’est pas pour rien que de grands entrepreneurs français sont passés par des périodes de vide ou d’expatriation qui les ont forcés à se réinventer et à créer leur propre business , que ce soit sur place ou en revenant en France. D’ailleurs, c’est ce qu’a fait Matthieu Stefani (épisode 7 de la saison 2) pour qui ses expatriations à Londres et à New York ont planté la graine de ses projets entrepreneuriaux. Son podcast Génération Do It Yourself en particulier s’inspire du Tim Ferriss Show et d’autres solo podcasteurs dont le format du podcast n’existait, à l’époque, pas encore en France.


Sortir d’une période d’expatriation sans travail peut souvent être associé à une douceur et une bienveillance envers soi et ses passions. Vivre à l’étranger déclenche une prise de conscience de ses propres envies. Si ce genre de profils t’intéresse, écoute l’histoire de Charlotte (épisode 0 de la saison 2) qui a commencé par un blog et puis a fini par écrire ses propres livres en anglais à l’étranger. C’est le cas aussi d’Anthony (épisode 35 de la saison 1) pour qui son arrivée aux Etats-Unis et son mariage l’ont forcé, immigration oblige, à faire une petite pause professionnelle. Enfin … pause. Anthony est un hyperactif passionné d’aviation et entame une reconversion professionnelle passant ainsi d'ingénieur dans le nucléaire à pilote de ligne.



Photo by Anthony Shkraba from Pexels


3. Comment rester actif


Pas besoin de culpabiliser donc, pour profiter à 100% de cette opportunité qu’est la pause professionnelle et rester actif, par où commencer?


I. Faire du bénévolat et/ou s’investir dans sa communauté locale


Donner son temps pour des organisations qui ont du sens est non seulement une super façon de s’épanouir personnellement mais aussi un bon moyen de se créer des contacts dans une industrie, de se construire un réseau et de se sentir utile. Que ce soit pour les personnes âgées, les malades, les événements festifs, les causes animales, les possibilités sont nombreuses. Pour trouver la mission qu’il te faut, consulte des sites comme Volunteer (Canada), PowerOf (Etats-Unis), Seek Volunteer (Australie) ou France Bénévolat par exemple.


Si tu as des enfants ou des animaux de compagnie, tu rencontreras sûrement plus facilement du monde dans ton quartier ou dans ta ville. Les sujets de conversation étant toujours plus simples à trouver lorsque l’on a quelque chose en commun. Au détour d’une conversation, renseigne-toi pour participer à l’organisation d'événements de quartier ou à l’école. Ces rencontres sont toujours des opportunités pour l’avenir.


II. Prendre des cours


Continue à développer tes compétences en apprenant la langue de ton pays d’accueil ou en te formant sur d’autres sujets. C’est un bon moyen de ne pas se marginaliser dans ta nouvelle société et de garder une structure mentale. De nombreux sites internet proposent des cours en ligne. Je pense notamment à General Assembly (qui te formera sur le marketing digital, le code etc) ou bien même Google Hubspots. Certains cours sont gratuits et d’autres sont payants. Pour les langues, télécharge Duolinguo ou Babbel.


III. Se lancer dans sa propre aventure entrepreneuriale


Attention, ceci n’est pas possible partout alors avant de te lancer, renseigne-toi bien ! Par exemple, de nombreux pays n’acceptent pas un statut autoentrepreneur français si tu n’as pas un visa local (c’est le cas des Etats-Unis notamment). Toutefois, si tu as le droit de devenir entrepreneur dans le pays dans lequel tu es expatrié, voici un projet qui pourra définitivement remédier à ton problème d’emploi. Crée ta petite entreprise sur place ou en France ! C’est le moment de faire ce que tu as toujours rêvé de faire ou de mettre à bien tes compétences et de rester dans le monde du travail. Si le sujet de l'entrepreneuriat à l’étranger t’intéresse, je te mets une liste d’épisodes qui abordent le sujet à la fin de l’article.


IV. Réaliser des projets créatifs sans but lucratif


Finalement, réaliser ses rêves et commencer un projet peut aussi se faire sans avoir d’objectif financier. Alors, crée ce blog que tu as toujours voulu créer, écris ce livre qui te trotte dans la tête depuis si longtemps, crée ton propre podcast en suivant les conseils avisés d’Anne-Fleur, la créatrice de French Expat. Affine ta connaissance de la photographie, ta précision dans ta façon de peindre ou de dessiner. L’expatriation sans emploi, c’est aussi l’occasion de te lancer des paris un peu fous que tu n’as jamais eu le temps de réaliser. Apprends le piano, la guitare, le violon si le cœur t’en dit. Il n’existe plus aucune limite à ton potentiel car tu es désormais détenteur du Graal : du temps pour toi !



J’espère que ces conseils t’aideront à gérer de manière sereine ton expatriation sans emploi. Encore une fois, ne pas travailler n’est jamais une fatalité. C' est une opportunité incroyable de se réinventer et de prendre soin de soi.



Fanny Cohen

@fannychn sur Instagram

www.threetimesnine.com




Retrouve ici la liste des épisodes du podcast qui traitent de l’entrepreneuriat à l’étranger :








Les sources






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