• Inès Filali

Systèmes scolaires dans le monde : tous égaux ?

Mis à jour : janv. 18

Gros plan sur trois pays

Photo libre de droit, Pexels

Chaque pays possède son propre ADN quand il s’agit du système scolaire. Alors que certains pays se concentrent sur le développement personnel de l’élève, à l’image du modèle scandinave, d’autres comme le modèle asiatique se concentrent nettement plus sur la performance. Quelles sont les différences flagrantes entre les pays?


J’ai choisi de m’intéresser dans cet article, à deux systèmes éducatifs qui me tiennent particulièrement à cœur. Il n’existe pas de définition universelle de ce terme mais si je devais le définir avec mes propres mots, je dirais qu’un système éducatif est l’organisation de la manière d’enseigner. J’ai eu la chance de découvrir deux systèmes scolaires différents pendant ma scolarité : le système nord-américain lors d’un échange au lycée, puis le système suédois dans le cadre d’un échange Erasmus pendant mes études supérieures.


Gardons en tête que je ne compte pas mettre en avant un système scolaire au détriment d’un autre, mais plutôt dresser un portrait objectif de ceux-ci. Malgré des différences entre les modèles éducatifs, on observe un objectif commun dans une grande majorité de pays : dispenser une éducation optimale dans le meilleur cadre possible. Pour autant, les manières de transmettre un savoir sont-elles toutes performantes ? Certains systèmes éducatifs ne conditionnent-ils pas les élèves dans leur manière d'interagir dans le futur en société ou au travail ? Cette question a fait et fera toujours couler beaucoup d’encre. Quoi qu’il en soit, il est certain que chaque système éducatif présente des forces et des faiblesses.


1. Quelques pensées sur le système scolaire Made in France

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je voudrais revenir rapidement sur le système scolaire français. J’ai évolué dans le système français traditionnel de la maternelle au collège, avant d’intégrer une option internationale anglaise du bac (OIB) au lycée. Avant le lycée, je n’avais pas forcément réalisé à quel point le système scolaire français était si vertical. Un professeur dicte une leçon et les étudiants la recopient sagement dans leur cahier. Ça me semblait normal. Avec du recul, je trouve cette manière d’enseigner unidirectionnelle et peu propice aux discussions. Bien entendu, le système scolaire français nous permet de participer mais pas aussi librement que dans d’autres pays. Ça fait moins partie de la tradition française ! Cependant, je me dois de souligner le fait que ce système nous a malgré tout appris à structurer notre pensée d’une manière quasi-militaire ! Les études de droit que j’ai faites en sont un parfait exemple : la rédaction en trois parties et trois sous-parties est la norme. Chose que tous les systèmes scolaires n’appliquent pas forcément. Alors, soyons fiers de notre organisation et de notre rigueur scolaire !


2. L’enseignement Outre-Atlantique : liberté et bienveillance ?

La liberté dans la prise de parole et le choix de cours

Mes années lycée ont été un réel déclic pour moi tant j’ai adoré la liberté de parole dont nous disposions en cours. Mes profs en OIB étaient en grande majorité anglo-saxons. Le moins que l’on puisse dire c’est que la structure de leurs cours n’avait rien à voir avec celle de leurs compères français. Une chose frappante que j’ai remarquée dès les premiers jours était le dynamisme au sein des cours. Il n’y a aucun temps mort tant les profs nous incitaient à prendre la parole, à partager notre avis et surtout à argumenter nos propos. En revanche, je vous mentirais si je vous disais que j’ai été à l’aise en classe dès le début. Bien au contraire, je ne comprenais pas pourquoi les profs “s'acharnaient” sur les élèves complexés à l'idée de prendre la parole en anglais. Après un début assez laborieux, je me suis détendue et j’ai commencé à prendre la parole plus librement. J’ai même commencé à prendre du plaisir à partager mon avis.


Mais la liberté ne s'arrête pas là. Elle se situe aussi dans le choix des cours. Mon compagnon est américain et prof d’anglais à la fac en France. Il s’étonne toujours du manque de liberté dans le choix des cours. Il est vrai qu’aux États-Unis, les élèves à la fac sont libres de moduler leur semestre comme ils le désirent!


Un enseignement horizontal comme boost de confiance

Je me souviendrai toujours de ce qu’un de mes professeurs anglais au lycée nous disait: “les élèves apprennent autant des professeurs que les professeurs apprennent des élèves”. Cette phrase n’a cessé de résonner en moi. Je trouve formidable de se dire qu’un enseignant peut également tirer un savoir d’un adolescent souvent complexé ou en manque de confiance. En plus d’être un boost de confiance considérable pour l’élève, ça crée un lien de bienveillance entre les professeurs et les élèves. J’aurais adoré entendre cette phrase plus tôt dans ma vie d’élève. Il faut bien entendu rester lucide et se dire qu’un jeune élève ne va pas forcément enseigner quelque chose d’incroyable à un professeur… En revanche, je trouve formidable de se dire qu’un élève, quel que soit son âge, puisse avoir le sentiment d’être utile et de contribuer à l’enrichissement intellectuel de son entourage. Le Canada est un parfait exemple de bienveillance à l’école. Amélie, française installée à Montréal, a témoigné à ce sujet dans l’épisode 8 de la saison 2. Elle adore le fait qu’à l’école, tout le monde s’appelle par son prénom et se demande comment ils vont. Plus encore, elle a vraiment apprécié le fait que « l’erreur » soit perçue comme une source d’apprentissage.

J’ai également eu la chance de faire partie d’un échange scolaire au lycée avec un établissement américain, Milton Academy à Boston. Avant toute chose, je tiens à préciser que ce lycée est privé et ses frais d’inscription sont extrêmement élevés. Cette expérience n’est pas forcément représentative du système éducatif américain. A vrai dire, cet échange a confirmé toutes les idées que je m’étais faites du système éducatif américain. Environnement scolaire et familial, immense campus, grande liberté pendant les cours, professeurs proches des élèves… J’avoue m’être crue dans High School Musical ! Je me souviens notamment de la General Assembly qui avait lieu chaque semaine. Cette grande assemblée entre les professeurs, l'administration et les élèves donne la parole à tous ceux qui le désirent. C’était l’occasion pour les élèves de partager un exploit sportif, une victoire de l’équipe du club de science ou bien de parler de l’organisation du fameux Prom. Ça créait une réelle cohésion de groupe. Je me souviens aussi avoir été ébahie par le petit effectif en classe et par l’importance du travail en groupe. Habituellement, les cours se déroulent autour d’une grande table ovale où une douzaine d’élèves prennent place autour du professeur. La configuration de la salle favorise l’échange et rend le cours dynamique. Tout est fait pour donner envie aux adolescents de passer de bonnes journées sur le campus. Malgré tout, le système scolaire américain est-il aussi parfait qu’il ne paraît ?

Un enseignement sans défaut?

De prime abord, le système éducatif américain semble attirant : proximité avec les professeurs, belles infrastructures, pédagogie ludique, activités et clubs, un choix de cours varié, notation moins stricte… Ces points positifs peuvent faire croire que l’éducation Made in USA est plus performante que d’autres systèmes.


Mais comme la perfection n’existe pas, je me suis demandé si le système scolaire américain présentait malgré tout, des défauts? Dans la même lignée, quelles seraient les marges de progression du système américain? Olivier, professeur associé de français à University of North Georgia, qui a témoigné lors de l’épisode 42 de la saison 1, a eu la gentillesse de partager avec moi son opinion sur l’éducation américaine. Il a souligné qu’il appréciait réellement le suivi et l’accompagnement proposés aux nouveaux étudiants et professeurs. Il est vrai que les orientation tours, ou visites guidées du campus, font partie intégrante de l’entrée à l’université. Ces visites sont, par exemple, l’occasion pour les nouveaux étudiants de s'accoutumer à leur nouvel environnement universitaire grâce à une visite menée par un étudiant en dernière année. Néanmoins, et sans surprise, Olivier déplore le coût trop élevé et l’accès à l’université. En effet, une année universitaire aux États-Unis en 2020-2010 coûte en moyenne 35 000 dollars. Il a aussi mentionné le niveau scolaire très faible des établissements publics qui se trouvent le plus souvent dans les quartiers pauvres ou sensibles des États-Unis. Cela a pour conséquence un taux d’analphabétisme chez les adultes à près de 21% quand il se situe en France seulement entre 1% et 2% ! Pour ce qui de l’accès, Olivier pense que la catégorie socio-économique des personnes dictent leur accès aux études supérieures. Les personnes les moins aisées rencontreront plus de difficultés à rembourser les dettes et préfèrent ne pas s’endetter du tout. Il est certain que le gros point noir de l’éducation aux États-Unis reste le montant des fees qui ne sont que très rarement entièrement couverts par les bourses octroyées aux élèves…

3. L’enseignement en Suède: positivité ou laxisme?

L’enseignement positif à la suédoise

Le modèle éducatif suédois fait partie, selon moi, des meilleurs mondiaux. D’ailleurs, le « World Happiness Report » place la Suède en 7ème position dans son classement des pays dans lesquels les habitants vivent le mieux ! Mais alors, qu’est-ce qui fait que le système suédois soit aussi bien placé ? Quelle est la recette d’une éducation positive à la suédoise?


D’abord, une anecdote liée à l’éducation : la Suède a aboli en 1979 les châtiments corporels et l’humiliation de l’enfant. Preuve que l’éducation suédoise est basée sur le respect de l’enfant. Comparativement, la France a aboli les châtiments corporels en 2019 avec la “loi anti-fessée”. Soit 40 ans après la Suède ! Ensuite, la Suède met un point d'honneur à encourager et valoriser l’élève. Un autre point fondamental dans le système suédois est la hiérarchie à l’école (ou dans une entreprise), qui est moins marquée voire inexistante. Quand j’étais étudiante à l’Université de Stockholm, la chose qui m’a le plus surprise, outre la qualité de l’enseignement, est le campus universitaire. Il est magnifiquement arboré et a ses propres pistes cyclables. Autre mention spéciale, la bibliothèque universitaire avec ses sièges conçus pour faire une sieste. Pratique quand on a une grosse journée de révision devant nous ! Finalement, en Suède, tout est fait pour rendre l’éducation agréable et ludique.


Stockholm University Library, Eva Linnea Enarson

Un enseignement laxiste?


En rédigeant cet article, j’ai réalisé que je ne connaissais pas de réels aspects « négatifs » ou choses à améliorer dans le système scolaire suédois. En faisant des recherches, je suis tombée sur un rapport de l’OCDE de 2015 qui a mis en évidence la baisse drastique du niveau scolaire suédois depuis la réforme de 1990. Pour faire simple, la réforme en question octroie aux établissements le libre choix dans la gestion de leur école. Les écoles sont désormais gérées au niveau communal, créant une forte concurrence entre les établissements. J’ai aussi découvert qu’une forme de laxisme s’est installée au sein des écoles dû au manque de discipline. Par exemple, il n’est pas rare que les écoles privées réduisent les heures de cours de maths pour attirer un plus grand nombre d’élèves ! Ou encore, le rapport met en évidence que 38% des élèves suédois attestent faire cours dans une classe très bruyante quand la moyenne OCDE se situe à 32%! J’avoue être surprise de constater ces résultats, moi qui pensais que la Suède faisait partie des pays les mieux classés en termes d’éducation !


Une chose est sûre, aucun système scolaire n’est parfait ! Ils ont tous leurs forces et leurs faiblesses. Pour ma part, un système scolaire performant serait un système dans lequel la relation prof-élève est privilégiée et où les élèves n’auraient pas peur de faire une erreur ! Quel est d’après vous le système scolaire le plus performant ?


Inès Filali

@lapausebougeotte


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