• katdelapampa

Voyage entre soeurs : pour le meilleur et pour le pire


© Photo par Josh Sorenson - Pexels



Les voyages, ça fait rêver. C’est exotique, c’est un sentiment de liberté incroyable, des découvertes à n’en plus finir, des rencontres inoubliables et surtout des souvenirs. Aussi bons ou mauvais soient-ils. D’ailleurs, même les pires, avec le temps, deviennent des anecdotes drôles ! Et c’est de ça dont je voulais te parler aujourd’hui ! Voici un florilège des moments improbables que j’ai vécus avec ma petite sœur lors de notre roadtrip australien. Alors attache ta tuque comme on dit au Québec parce que tu n’es pas prêt pour les lignes qui vont suivre !


Bon pour commencer, je te plante le décor. Nous sommes en France, en 2015, j’enchaîne les boulots de merde suite à mes études de graphiste et ma soeur rêve de partir au bout du monde pour une grande aventure. On décide toutes les deux de s’inscrire au PVT Australie, et comme il n’y a pas de sélection particulière pour son obtention, il nous faut seulement 48h pour avoir le Saint-Graal. Le ticket de notre LIBERTÉ. On est en Novembre 2015, j’ai 24 ans et ma petite sœur Gaëlle en a 19. Nous ne sommes jamais parties très loin de la maison, ou du moins, pas sans parents. On est très différentes mais on a envie de vivre ça ensemble.


On avait prévu de partir un an au total, afin de pouvoir réaliser des rêves comme travailler dans une école ou encore dans un ranch plusieurs mois. Bien sûr, rien ne s’est passé comme prévu, parce que je ne sais pas toi, mais dans ma vie, RIEN ne se passe JAMAIS comme prévu. D'ailleurs, quelques semaines avant de partir, j’ai découvert que ma sœur avait la phobie de l’avion. Ça commençait bien vu les 17.000km qu’on allait avoir à traverser ! Sachez que si c’est votre cas, l’hypnose lui a permis de poser ses petites miches dans chacun des avions (et il y en a eu pas mal). Heureusement, sinon les lignes qui vont suivre n’auraient jamais existées...




ANECDOTE 1 : Satanés cow-boys.


Après avoir passé les premières semaines dans le Airbnb de Henry, un adorable australien à qui on a fait manger du brie, boire du vin et chanté ‘Bélinda’ de Claude François, on a décidé de partir à la conquête du pays des kangourous.

Depuis son plus jeune âge, Gaëlle était passionnée d’équitation et rêvait de travailler dans un ranch un jour. Bien que de mon côté je ne sois pas spécialement passionnée par ces animaux, je dois avouer que le folklore me tentait : chausser les santiags et le chapeau de cow-boy au fin fond du bush en hurlant des ‘YIIIIIAAAAAH !’’ (on aime pas les clichés nous ?). On a fini par trouver LE ranch parfait en mode “woofing” c’est-à-dire logées et nourries en échange de services. Le tout pour une durée de 3 mois au fin fond de la Tasmanie, la petite île juste en dessous de l’Australie (une sorte de Corse australienne). C’est là que les ennuis ont commencé…


Une tentative, puis deux, trois, quatre… Impossible de réserver nos billets de Melbourne vers Hobart, la capitale. On a donc demandé à Henry d’appeler les différentes compagnies pour comprendre pourquoi nous ne pouvions pas réserver nos vols et c’est alors qu’on nous a dit qu’il y avait une histoire de terrorisme et de vol d'identité avec nos papiers. C’était pas très clair, donc je ne pourrais même pas vous dire réellement ce qu’il s’est passé, même Henry ne comprenait pas. En réessayant deux jours après, avec des billets qui avaient pris 50% d’augmentation pour un vol de 50min, tout de suite ça a marché. Bref, on partait le lendemain !


Au moment de monter dans l’avion, j’ai reçu un sms de notre host du ranch nous expliquant que son cheval lui avait écrasé le pied et donc qu’elle ne pourrait pas venir nous chercher à l’aéroport. Aucune information supplémentaire. Le ranch étant à 2h de route de celui-ci, et sans aucun moyen de transport nous emmenant jusque là-bas, nous sommes montées dans l’avion sans savoir ce qui nous attendait.

Comme un bonheur n’arrive jamais seul et que cette histoire commençait déjà à sentir le roussi, notre vol a duré 4h30. 4h30 au lieu de 50min à cause de vents violents. Nous avons fait 3 tentatives d'atterrissage qui se sont toutes soldées par des re-décollages. Et bien que Gaëlle avait fait des séances d’hypnose pour être ‘à l’aise’ dans les avions, l’angoisse commençait sérieusement à se faire sentir. De mon côté, habituellement pas du tout d’un naturel stressé, les mots commençaient à me manquer, contrairement à mon envie de vomir qui ne me quittait pas. L’atterrissage finit par se faire sous un tonnerre d’applaudissements. Je n’ai jamais vu des personnes aussi pressées de sortir d’un avion.

La proprio du ranch nous appelle et nous dit qu’elle a envoyé une de ses amies nous récupérer. On sort de l’aéroport… Un coupé sport rouge avec UNE SEULE PLACE disponible conduit par une bimbo du bout du monde nous attend. Nous deux, avec nos deux valises. Les calculs sont pas bons Kévin ! Et ma soeur on la met dans le coffre ? Elle nous explique qu’elle peut emmener une seule de nous deux dans le centre-ville et l’autre n’a qu’à prendre le bus. Et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu ? Centre-ville ou ranch, de toute façon on ne se sépare pas. Je la remercie en lui expliquant que je ne comprends pas trop l’organisation de notre host et qu’il est évident qu’on ne se séparera pas. Elle nous dit qu’on va devoir se débrouiller pour trouver où passer la nuit et qu’elle ne sait pas quand est-ce qu’on pourra rejoindre le ranch. Qu’il en soit ainsi !


Nous voilà au cœur d’Hobart, en pleine haute saison, avec absolument AUCUN hôtel disponible, de la chambre hors de prix au placard à balai. Il est 18h, on est au bout du monde dans un parc public entourées de loustics du coin sans savoir où on va dormir. Crise d’angoisse de Gaëlle, et devant les multiples refus auxquels je fais face, je commence un peu à paniquer. Quand soudain… Une auberge de jeunesse a de la place dans une chambre à plusieurs. HALLELUJAH ! On mange dans un subway mais on se fait mettre dehors à 18h30 car apparemment la ville cesse de vivre après cette heure. Ce n'est pas grave, on a mangé et on va pouvoir dormir dans un lit. Du côté de notre host, AUCUNES nouvelles. Elle ne s’inquiète pas de savoir où nous sommes, si on est en sécurité, où on va dormir, ni quand on pourra rejoindre le ranch. RIEN. Ce n’est que vers minuit que nous avons eu un message où elle nous parlait juste de son mec qui était venu la rejoindre. Le lendemain elle est revenue vers nous, mais de notre côté nous ne nous sentions plus d'y aller. Nous n’avons plus répondu.

Adieu les cow-boys !


© Photo par Andrea Pacquiado - Pexels



ANECDOTE 2 : Langue de Molière, langue de vipère (suite de l’anecdote 1)


L’auberge de jeunesse où nous allons passer la nuit n'est pas à côté, il n’y a pas plus de bus, et Hobart c’est comme San Francisco, ça monte et ça descend. Avec nos énormes valises (avec des backpacks ça aurait été trop simple) et les émotions qu’on a vécues toute la journée, on nous entend râler jusqu’à Paris. Les gens devant l’entrée de l’auberge de jeunesse sont étranges et la dame à l’accent russe qui nous accueille est en larmes. Dans un anglais approximatif elle nous donne notre clé et nous explique qu’elle n’est pas en état de nous faire visiter les lieux. Les gens ont l’air drogué dans les parties communes, l’odeur est particulière mais on a un toit pour dormir. Tout le monde nous fixe, la traversée de l’entrée dure une éternité, et dans les escaliers on croise deux hommes aux yeux grands ouverts et aux pupilles dans de drôles d’états qui hurlent en voyant ma sœur « LE MESSIE EST ARRIVÉ !». Ils s’approchent un peu trop à mon goût et j’inspire un grand coup pour rester polie. La journée a probablement été longue pour tout le monde. On ouvre enfin notre porte de chambre où nous serons six. Une asiatique fait cuire son poisson sur un réchaud dans la chambre et au-delà de l’odeur abjecte de poisson qui embaume tout l’étage, un réchaud dans une chambre avec de la moquette me paraît ne pas être l’idée du siècle. Dans le lit en dessous du mien une personne gît avec des jambes qui dépassent de trente bons centimètres et des pieds noirs de crasse comme je n'en ai jamais vu. Au fond de la chambre, une blonde semble ranger ses affaires dans le lit d’en face et je tente un « Hi everybody ! ». Personne ne me répond. Et là… c’est le drame. Ce silence est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : je pète un câble comme ça m’est rarement arrivé.


Ma part de gémeaux maléfique prend l’ascendant sur moi sans que je puisse m’arrêter. Je lâche littéralement les chevaux, je ne me contrôle plus et la ‘Diane normale’ devient spectatrice du monstre libéré. 1m50 de rage, on dirait un Yorkshire qui se prend pour un Pitbull. Je suis à quelques centimètres de la blonde en face de moi, et je déverse ma haine et mon stress accumulés ces dernières heures dans notre chère langue de Molière sur cette pauvre demoiselle qui n'a rien demandé. Gaëlle ne m’avait jamais vu dans cet état-là et est incapable d’arrêter le long monologue infernal. Elle sent qu’il faut me laisser vider mon sac. Encore aujourd’hui je ne me l'explique pas mais je crois que l’idée de dormir dehors avec ma jeune sœur et qu’elle soit en danger m’a fait vriller. Je refais la liste de tout ce qu’on vient de vivre, hurle au scandale et finis par alpaguer la blonde de manière odieuse en disant que c’est impoli de ne pas répondre quand quelqu’un nous salue. Je continue de monter dans les tours et finis par faire une fixette sur son nez légèrement retroussé. Elle est désormais face à moi et je lâche à ma sœur : « Et regarde-la moi avec son nez de cochonne, en plus d’être impolie elle pue le cul à 10km ! » (j’ai encore honte en écrivant ces lignes). Ma sœur m’extirpe de la chambre et m’emmène à la douche. On finit par aller se coucher en se disant qu’on trouverait une solution pour la suite des événements le lendemain.

Le jour se lève sur Hobart et même si je n’ai rien dormi, je me suis calmée, bien décidée à quitter cet endroit et partir à la découverte de la Tasmanie. Quand soudain, j’entends : « Bonjour les filles ! ». C’était la blonde. Je me suis figée. Un ange passe. Cet instant est long, très long, quelqu’un semble avoir appuyé sur la télécommande divine et mis le monde en pause. Jusqu’au moment où Gaëlle explose de rire et va discuter avec elle. Je ne sais pas quoi faire. J’aimerais disparaître de la surface de la Terre mais me résigne à aller la saluer. C’était une allemande qui avait grandi dans le sud de la France et avait fait des études d’oenologie. Et malgré un petit accent, elle parlait un français impeccable. Elle avait certainement tout compris mais avait dû voir la détresse dans laquelle j’étais pour ne pas m’interrompre et ne pas m’en parler le lendemain. Règle numéro 1 en voyage : ne jamais croire qu’on est les seuls à parler sa langue. Ça m’a servi de leçon.




© Photo par Chivozol - Pexels



ANECDOTE 3 : Le clou du spectacle.


Après 5 mois de péripéties australiennes que je te raconterai peut-être un jour au complet, nous avions décidé de rentrer plus tôt que prévu. Afin d'apaiser les tensions et de nous reposer avant le long périple qui nous attendait (42h au total pour rentrer à Lyon), j'avais fait la surprise à ma sœur de réserver une chambre d'hôtel avec piscine pour pouvoir décompresser. Nous sommes à Cairns, au nord-est de l'Australie, il fait 48 degrés avec un taux d'humidité qui devrait être interdit. On profite tant bien que mal de la ville avant d'aller se réfugier dans la piscine de l'hôtel, qui ressemble plus à un ramen brûlant dans lequel on barbote comme des petits condiments.


3h du matin, on a chaud, très chaud. On a oublié d'éteindre la TV, je reconnais au loin Fantasia qui passe avec Mickey et ses balais. La clim s'est éteinte et on est en train de se liquéfier. Gaëlle se lève à moitié endormie. Son visage est à quelques centimètres de la clim. Elle tourne le bouton pour la redémarrer et c'est à ce moment précis que sa vie ne sera plus jamais la même.


À cet instant, tout s'est passé en quelques secondes.

Je me revois dans le lit, Gaëlle qui tourne le bouton, et j'aperçois soudainement une énorme ombre se faire éjecter, atterrir en pleine face de ma sœur et tomber au sol. Un hurlement strident, et nous voilà toutes les deux déjà à l'entrée de la chambre d'hôtel. Gaëlle vient de se prendre une des araignées les plus grosses d'Australie : la huntsman. Arachnophobes ABSTENEZ-VOUS d'effectuer la recherche sur Google, French Expat le Blog se dédouane de tout traumatisme que cette recherche pourrait causer ! La huntsman est imposante et peut atteindre aisément la taille d'un visage. C'est une araignée aussi grosse qu'elle est inoffensive et en Australie il vaut mieux croiser celle-ci que la veuve noire. Mais bien qu'elle ne soit pas dangereuse, y faire face en pleine nuit et en plein visage... je vous laisse vous faire vos films !

Nous sommes à deux doigts de la crise de nerfs. Il n'y a personne dans les parages et même notre voisin de chambre qu'on croise nous regarde en biais sans pour autant nous venir en aide. « C'est toi la grande sœur, c'est à toi d'y aller ! ». Elle vient de la prendre en pleine tête certes, mais est-ce une raison de m'envoyer au front avec pour seule arme mon téléphone ? Étant une incroyable grande sœur et commençant à être un peu tannée de l'Australie qui avait décidé de nous mener la vie dure depuis quelques mois maintenant, je me lance. Avec ma bite et ma lampe d'iPhone comme on dit. Je cherche le monstre qui hante notre chambre, guidée par Gaëlle depuis la porte d'entrée. Je me penche sous le lit, éclaire les moindres recoins mais ne la trouve pas. Et pour être très honnête, comme je le dis à Gaëlle : « et même si je la trouvais, on fait quoi ? Elle est plus grosse que mon pied, je vais pas l'écraser ! ». On remarque que nos valises sont grandes ouvertes. On sort les vêtements avec des pics de stress à chaque instant. Il est 4h du matin et on finit par abdiquer. On a besoin de sommeil et il est clair qu'on n'arrivera jamais à dormir dans une chambre ou un tel truc se trouve peut-être encore. On décide donc de passer notre dernière nuit dans...*roulement de tambour* notre van qui se trouve sur le parking de l'hôtel. Malgré les nombreux cafards et l'araignée, je n'ai jamais pu me faire rembourser la chambre qui avait tout de même coûté 130$. On m'a gentiment balancé dans la gueule ' ici on n'est pas en France alors c'est normal ce genre d'animaux !'. Dieu merci les femmes de ménage étaient plus agréables et compréhensives que la personne de l'accueil et ont accepté de nous aider à vérifier si elle n'était pas dans nos valises ou cachée dans nos vêtements. On ne l'a jamais retrouvée.



Je pourrais te parler à travers de nombreuses pages encore de ce voyage comme te raconter comment un boulanger français (sous drogue disait-il) a débarqué nu dans notre lit, voulant pétrir autre chose que du pain alors que sa copine était à l'étage, ou encore comment nous nous sommes entraînées en pleine nuit à faire passer nos valises par la fenêtre pour tenter de fuir un couple chez qui nous devions rester plusieurs mois, ou la fois où Google a failli nous faire tomber dans un ravin, ou la fois où Gaëlle a cru mourir à cause de fourmis tueuses et a fait ses adieux à notre père et notre soeur en pleine nuit en faisant le décompte des minutes qui lui restaient à vivre, mais ce sera pour une prochaine fois si ça t'intéresse ! Malgré toutes ces péripéties on a eu un énorme coup de coeur pour ce voyage, on a découvert des paysages incroyables, rencontrer des gens géniaux, et même si j'ai parfois eu envie de laisser ma soeur au bord de la route et elle de m'étrangler, avoir vécu ça ensemble a créé un lien incroyable entre nous.





Kat

@Katdelapampa sur Instagram


152 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout